Ad Scapulam, m, iv
priment et l'avenir qu'ils se réservent par leurs tentatives aussi insensées que coupables. C'est dans ce sens que Tertullien écrivait au proconsul d'Afrique : « Nous ne craignons rien pour nous-mêmes, mais nous voudrions vous empêcher, dans votre intérêt, de vous attaquer à Dieu. )) Au point où en était arrivée, après le 11^ siècle, la lutte du christianisme avec le paganisme, il était facile de prévoir que la persécution n'arrêterait pas les progrès de l'Évangile. Aussi, soit découragement de voir l'inutilité de leurs mesures répressives, soit pressentiment secret du triomphe assuré à la cause qu'ils combattaient , quelques proconsuls commençaient à se relâcher de leur sévérité envers les chrétiens. La lettre à Scapula renferme à cet égard des détails assez curieux. Tel magistrat était le premier à suggérer aux fidèles traduits devant son tribunal des réponses évasives pour les dérober à la mort. Tel autre glissait dans l'acte d'accusation un grief étranger à la religion, afm que l'absence de preuves permît de ne pas donner suite au procès. Tel enfin mitigeait la peine en se bornant à infliger une amende ou une torture légère ^ De là le ton d'assurance avec lequel s'expriment les apologistes au m* siècle. C'est le langage d'hommes convaincus par tout ce qui se passe sous leurs yeux que désormais la cause est gagnée et que le christianisme est à la veille de son triomphe. L'Église est déjà trop forte et trop nombreuse pour que les persécutions les plus sanglantes puissent l'arrêter dans son développement.