‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 149 sur 223 · Ibid., i · texte numérisé non relu

Ibid., i

des saisons, semblaient aux uns et aux autres autant de signes précurseurs de la colère divine. Dans la Cappadoce, le préteur Herminianus, devenu la proie vivante des vers qui fourmillaient dans ses plaies, expirait en disant : « N'en dites rien à personne, de peur que les chrétiens ne se réjouissent. » — (( Triomphez, chrétiens! » s'écriait en mourant un autre persécuteur non moins fougueux, Gécilius Capilla, gouverneur de Byzance. Tout cela ne laissait pas de faire une vive impression sur les esprits, et donnait au langage des apologistes une hardiesse toujours croissante. Le proconsul d'Afrique, Scapula, était malade et pouvait craindre un sort pareil à celui de ses devanciers. Tertullien profite habilement de la situation pour adresser au magistrat cette remontrance sévère :

(( Quant à toi, Scapula, puisse la maladie qui te travaille n'être qu'un simple avertissement; mais rappelletoi l'ordre que tu as donné de livrer aux bêtes Mavilus d'Adrumète. Aujourd'hui encore le sang appelle le sang. Du reste, songe à l'avenir. Loin de nous la pensée de vouloir t'épouvanter, nous qui n'avons peur de personne; mais nous voudrions sauver tous les hommes en leur persuadant de ne point s'attaquer à Dieu. Ne pourrais-tu pas, tout en remplissant les devoirs de la niagistrature, conserver des sentiments humains, puisque vous aussi vous êtes sous le glaive? Condamner les coupables qui avouent, appliquer à la torture les coupables qui nient, voilà ton office; la loi n'exige rien de plus. Gonséquemment vous êtes les premiers infracteurs de la loi, en torturant ceux qui avouent, pour les contraindre à nier. Tant il est vrai que vous proclamez notre innocence quand

VOUS ne voulez pas nous frapper sur notre simple déclaration ^ ))

ISon te terrcjmis, qui nec ilmonus. Tel est le langage que l'Église n'a cessé de tenir aux pouvoirs assez aveugles pour ne pas voir qu'en la persécutant ils méconnaissent leurs propres intérêts. Quand elle leur montre l'abîme qu'ils se creusent à eux-mêmes, ce n'est pas qu'elle cherche à les épouvanter par de vaines terreurs. Confiante dans les promesses de son divin fondateur, elle n'a besoin d'intimider personne, parce qu'elle n'a rien à redouter pour son avenir. Loin de menacer la sécurité des trônes et la liberté des peuples, ses avertissements solennels ne tendent qu'à consolider les uns et à faire prospérer les autres. Aussi, chaque fois que l'Église élève la voix pour rappeler les sociétés humaines au respect du droit, de la conscience et de la vérité, elle plaide la cause de ses adversaires plus encore que la sienne propre. Car les nations vivent d'ordre, de paix, de justice; et la religion est la plus sûre garantie de ces grandes choses du monde moral. C'est elle qui met un frein aux convoitises de l'orgueil, prévient ou apaise les troubles en s'attaquant aux mauvaises passions qui en sont la source. Conséquemment tout pouvoir qui s'acharne à détruire ce rempart de l'autorité se nuit à lui-même et compromet sa propre existence. 11 s'affaiblit de toute la force qu'il enlève à la religion. Quant à l'Église, tranquille sur les destinées qui l'attendent, elle se borne à indiquer d'avance le terme fatal auquel aboutiront les efforts de ceux qui l'op-

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