LES ACTES DE SAINTE PERPKTLE
sainte Félicité, afin de saisir dans leur application vivante les enseignements de la foi que Tertullien développait avec tant d'éloquence au sein de l'Église d'Afrique.
Avant de vous introduire au cœur de ce drame si plein de vie et d'intérêt, je vous dois. Messieurs, quelques détails historiques qui serviront à en faciliter l'intelligence. Tuburbium était une ville de l'Afrique proconsulaire, peu éloignée de Carthage. C'est là que l'édit de persécution de Septime-Sévère vint atteindre les martyrs dont nous parlons. Pour se conformer au décret impérial, le proconsul Minutius Timinianus les avait transférés à Carthage dans l'intention de les livrer au supplice; mais la mort le frappa sans qu'il eût pu rendre la sentence. Hilarianus, qui lui succéda dans le gouvernement de la province , reprit le projet de son prédécesseur. L'empereur venait d'élever son fils Géta à la dignité de césar. Voulant rehausser l'éclat des fêtes célébrées à cette occasion , Hilarianus résolut de donner en spectacle les prisonniers de Tuburbium. C'étaient de jeunes catéchumènes , Révocat et Félicité , tous deux esclaves ; Saturnin et Secundule, auxquels vint se joindre plus tard Sature, et enfin une femme âgée de vingt-deux ans, Vivia Perpétue, aussi distinguée par sa naissance que par son éducation. Celle-ci, mariée à un homme de condition, avait conservé son père et sa mère ; l'un de ses deux frères était catéchumène, et de plus elle avait un enfant qu'elle nourrissait encore de son lait. On s'attaquait de préférence aux néophytes, parce que l'édit de proscription rendu par Septime-Sévère ne s'appliquait dans sa teneur stricte et littérale qu'à ceux qui embrasseraient
UNE SCÈNE DE MAUTYRE EN AFIIIQUE. 3.'l7
le christianisme à l'avenir. Tout cela se passait en l'année 203.
Pour se faire une idée exacte de la pièce que nous allons étudier, il faut distinguer les divers éléments qui entrent dans sa composition. Une partie a été écrite par sainte Perpétue elle-même, une autre par l'un de ses compagnons de martyre, Sature; le reste est dû à la plume d'un compilateur, qui a réuni ces deux documents pour les compléter par une préface et par la relation du supplice des six confesseurs de la foi. Or je ne doute pas un instant que ce compilateur n'ait appartenu à l'école de Tertullien. D'abord, la conformité de son style avec celui du prêtre de Carthage est telle qu'on pourrait être tenté de vouloir attribuer à ce dernier la rédaction des Arles , si le silence complet de l'antiquité permettait de rien aftirmer à cet égard. Ce qui me paraît certain, c'est que l'auteur de la préface était affilié à la secte de Montan. Comment ne pas tirer cette conclusion lorsqu'on y lit des phrases telles que celles-ci : « L'effusion de l' Esprit-Saint devait être plus abondante dans les derniers temps , c'est-à-dire au tii^ siècle, qu'aux époques précédentes. — Nous reconnaissons et honorons les nouvelles prophéties et les nouvelles visions, suivant la promesse divine qui en a été faite ^ » C'est exactement le langage que tenaient les montan istes pour accréditer la mission de leurs prophètes comme organes du Paraclet; et s'il est possible d'y trouver, absolument parlant, un sens orthodoxe, on ne saurait méconnaître l'intention que ré-