‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 166 sur 223 · Acta Perpétuai, v, i · texte numérisé non relu

Acta Perpétuai, v, i

cher un épisode assez récent de notre histoire nationale. Là aussi, au milieu des horreurs d'une époque lamentable, je trouve un dernier repas des condamnés. Les hommes qui avaient pris place autour de ce banquet suprême, étaient jeunes pour la plupart : malgré leurs fautes ils étaient dignes de pitié, parce qu'ils tombaient sous les coups d'un parti encore plus coupable. Pour donner à cette veillée de l'échafaud un vrai caractère de grandeur morale, il n'eût manqué qu'une chose, la religion élevant la mort prématurée de ces jeunes hommes à la hauteur d'un sacrifice, et d'un sacrifice expiatoire. Mais la religion était absente de leur âme; ils avaient renié depuis longtemps la foi de leurs pères : leur dernier repas ne pouvait être dès lors que le banquet de l'athéisme. Près de paraître devant Dieu pour lui rendre compte de leurs actes, ils ne songèrent qu'à s'étourdir sur leurs destinées futures en cherchant dans le matérialisme les accents d'une gaieté lugubre. Aussi, quand je veux mesurer d'un trait la distance qui sépare l'incrédulité de la foi, en les contemplant l'une et l'autre à ce moment solennel où les doctrines se jugent par les actes, il me suffit de compara le dernier repas des Girondins aux agapes fraternelles des martyrs de Garthage. L'attitude de ces infortunés qui, à quelques pas de l'échafaud, s'essayent à mourir en païens, et qui vont disparaître à la fleur de l'âge, sans oser jeter dans l'avenir un regard d'espérance, remplit l'âme de tristesse; en voyant les martyrs transformer leur dernier repas en cène commémorative de la mort du Sauveur, et échanger entre eux les consolations de la foi à la veille du supplice , vous

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