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LA VERTU CHRETIENNE. Oli
C'est donc de la grâce divine que le moraliste chrétien attend le secours nécessaire pour pratiquer la vertu. Dieu est pour lui la source de tout bien , et la sainteté , sous quelque forme qu'elle se produise, est une dérivation de ce principe essentiellement actif : se défier de ses propres forces pour placer en Dieu toute sa confiance, tel est le premier mot de la morale évangélique, dont l'humilité forme ainsi la base principale. Par là, elle diffère radicalement de l'éthique païenne qui, sous prétexte que l'homme se suffit à lui-même, le réduisait aux seules forces de sa volonté. Lisez le long traité de Sénèque sur la colère : le nom de Dieu n'y est même pas prononcé. C'est un appel exclusif à ce qu'il peut y avoir dans l'âme de puissance morale ; mais pas la moindre allusion à la nécessité ou à l'utilité d'une assistance divine pour assurer à l'homme l'empire sur ses passions. Le philosophe s'imagine que le sage peut se dispenser de tout secours divin et qu'il trouve dans ses ressources naturelles de quoi s'élever à la perfection. L'ignorance où il est du péché originel et de ses conséquences lui fait méconnaître les véritables conditions de la nature humaine, trop affaiblie pour triompher à elle seule des instincts mauvais qui la dominent. Il n'est pas étonnant, dès lors, qu'un pareil enseignement ait été frappé d'une stérilité complète. En éliminant Dieu comme un hors-d' œuvre dans la science morale, il portait l'homme à s'appuyer uniquement sur lui-même, sur la base fragile d'une nature déchue, et par suite il n'aboutissait qu'à nourrir l'orgueil, le plus impuissant de tous les vices. Tertullien a fort bien saisi ce résultat de la philosophie païenne. Après avoir rappelé
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que les maîtres de la sagesse antique avaient également recommandé à leurs disciples la pratique de la patience, il marque la diflerence qui existe entre une aiïectation d'insensibilité dont l'homme se foit gloire et la vertu chrétienne qui cherche en Dieu sa force et son modèle.
« Pour nous, dit-il, nous ne nous inspirons pas d'une doctrine humaine. Si nous reconnaissons l'obligation de pratiquer la patience, ce n'est point pour affecter une indifférence cynique, mais afin de nous conformer à la règle vivante d'une discipline toute céleste qui nous représente Dieu lui-môme comme le modèle de la patience. D'abord il répand également la rosée de sa lumière sur les justes et sur les injustes; il distribue à ceux qui ne les méritent pas comme à ceux qui en sont dignes les bienfaits des saisons, les dons des éléments, les tributs de toute la création ; il supporte l'ingratitude des nations qui adorent avec les caprices de l'art l'ouvrage de leurs propres mains, qui blasphèment son nom et persécutent ses serviteurs. Enfin le libertinage, l'avarice, l'iniquité, la méchanceté qui devient plus insolente de jour en jour, il les souffre avec une patience qui semble nuire à sa cause ; car plusieurs refusent de croire au Seigneur, le voyant si lent à punir le monde. Telle est l'image de la patience divine qui nous est montrée de loin pour nous apprendre sans doute que cette vertu vient du ciel ^ »
Vous voyez, Messieurs, à quelle hauteur s'élève la vertu dans la morale chrétienne : c'est en Dieu qu'elle