De Patientia, ii, iir
cherche son idéal, comme c'est en lui qu'elle trouve la force qui l'inspire et la soutient. Retracer en soi l'image de Dieu dans la perfection de ses traits, tel est le but assigné aux efforts de l'homme. Ainsi rattaché à son principe, le devoir repose sur un fondement inébranlable, en même temps qu'il apparaît dans toute sa grandeur et sa beauté morale. Au lieu de s'isoler de ce qui fait sa force, la loi de la conscience s'affirme comme une émanation de la loi éternelle et absolue réalisée dans l'essence de Dieu et manifestée par ses œuvres. D'où il suit que le motif suprême de la vertu, c'est l'obligation de ressembler à Dieu, type incréé de la sainteté. En plaçant de la sorte sous les yeux de l'homme le beau idéal de la patience divine, TertuUien dépasse infiniment le point de vue auquel Sénèque s'était arrêté dans son traité de la Colère. Gomme je le disais tout à l'heure , le moraliste païen ne fait intervenir Dieu dans son enseignement ni comme agent moral, ni comme exemplaire de la vertu. Toutes les considérations qu'il présente sont tirées de l'honnêteté morale, telle qu'elle est dictée par la conscience, et exigée pour le bon ordre de la société humaine. Non pas que, dans le cercle d'idées où il se renferme, Sénèque ne développe des leçons pleines de sagesse. Il joint à une grande finesse d'observation l'art d'un peintre consommé, soit que dans un tableau plein de vie et de mouvement il montre la laideur du vice qu'il veut combattre, soit qu'il en retrace les funestes effets pour les individus et pour les peuples, soit enfin qu'enlevant à la colère tous les prétextes dont elle voudrait s'armer, il prouve qu'il n'y a dans ces tumultes de l'àme
ni noblesse ni grandeur ^ Assurément, tout cela dénote un vif sentiment de la dignité morale ; mais on n'en regrette que davantage l'absence de tout motif religieux dans une exhortation qui a pour but d'inspirer l'amour de la vertu. Quelle supériorité dans la raison du devoir telle que la conçoit le prêtre de Carthage! L'homme, ditil, doit se rapprocher de Dieu par le soin qu'il met à l'imiter dans la mesure de ses forces. Telle est la formule chrétienne de l'obligation morale. Il y a plus. Messieurs ; car la vertu que prêche l'Évangile ne s'arrête pas aux limites de la nature humaine : elle doit être surnaturelle dans son motif comme dans son principe. L'idéal de la sainteté dans le christianisme, ce n'est pas seulement le Dieu créateur, accessible au regard de la raison, mais le Dieu rédempteur, perçu des yeux de la foi , le Verbe incarné, dont la vie terrestre s'ofTre à nous comme le type de la perfection. Pour exhorter ses lecteurs à la patience, Tertullien s'empresse de leur rappeler ce divin modèle qui manquait à l'antiquité païenne.
(( Gomment dépeindre, s'écrie-t-il, cette patience divine que les hommes ont pu autrefois toucher de la main en quelque sorte? Un Dieu consent à naître dans le sein d'une mère ; il y attend son heure ; une fois né , il veut croître à la façon des hommes; plus âgé. il ne s'empresse pas de se faire reconnaître, mais ne cherche qu'à s'abaisser lui-même ; il se laisse baptiser par son serviteur, et ne repousse que par la parole les assauts de la tentation... Il ne rejette aucun de ceux qui veulent s'attacher à lui ; il ne