Lipsius, de Magnit. Roman., i
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calomniée par les uns, persécutée par les autres. Un peu plus loin, Claude Apollinaire d'IIiérapolis et Polycrate d'Éphèse viennent marquer leur rang au milieu de ces grands évêques de l'Asie Mineure qui surgissent de toutes parts dans les deux premiers siècles. Puis, voici la docte Athènes qui revendique sa place dans cette période de l'éloquence sacrée : Denys l'Aréopagite y élève ce magnifique monument de philosophie chrétienne que nous avons admiré l'an dernier; Quadratus, Aristide et Athônagore y tracent les grandes lignes de l'apologétique primitive. Enfin, avec saint Denys l'Aréopagite et saint Irénée, nous avons repassé en Occident à travers Rome et l'Italie, pour étudier dans l'Église des Gaules l'éloquence chrétienne aux prises avec les hérésies. Gomme vous le voyez, le mouvement littéraire des deux premiers siècles nous a fait parcourir, d'une extrémité à l'autre, tout le littoral de la Méditerranée, dans cette partie qui termine l'Europe et l'Asie. Après avoir été les témoins de la grandeur romaine, il était réservé à ces rivages de servir de théâtre aux premiers triomphes de l'Église catholique.
Toutefois, Messieurs, en décrivant la marche qu'a suivie la prédication évangélique ou l'éloquence sacrée le long de cette mer privilégiée autour de laquelle s'est constituée l'unité chrétienne à la place de l'unité romaine, vous avez du remarquer que nous avons à peine effleuré les côtes méridionales de la Méditerranée. En face de ces régions diverses où s'élèvent les grandes cités que nous avons visitées tour à tour, Smyrne, Éphèse, Athènes, Gorinthe, Piome, s'étend sur une ligne parallèle un vaste territoire vers lequel nous conduit la suite de nos études.
A L EPOQUE DE TERTULLIE>. /
Cette terre que le mahométisme a replongée depuis mille ans dans les ténèbres de la barbarie brillait au Tii^ siècle de toutes les lumières de la foi et de la science sacrée. A ses deux points extrêmes apparaissent deux villes que j'appellerais volontiers les pôles de la littérature chrétienne dans la période où nous entrons. Ni les grands noms, ni les grands souvenirs n'avaient manqué à ces deux reines de l'Afrique; mais l'antique rivale de Rome et la capitale des Ptolémées allaient recevoir du christianisme une nouvelle couronne de gloire. A Carthage, c'est l'éloquence latine qui met pour la première fois au service de l'Église cette énergie et cette majesté propres à la langue du peuple-roi. A Alexandrie, c'est l'éloquence grecque qui déploie dans l'exposition et dans la défense de la foi les richesses d'un idiome harmonieux entre tous. Ici, l'esprit occidental, plus positif et plus réfléchi, porte dans les questions morales, dans le domaine de la vie pratique, ces habitudes d'ordre et de discipline qui le distinguent. Là, le génie grec ou oriental, plus hardi et plus spéculatif, se joue avec complaisance à travers les abstractions de la théorie, et parcourt les sommets de la métaphysique chrétienne, au risque de s'égarer quelquefois dans les régions où il plonge. Assurément, Messieurs, voilà un grand spectacle : l'activité théologique de ces deux écoles contemporaines offre à l'historien de l'éloquence sacrée un sujet d'études digne du plus vif intérêt; et ce n'est pas sans un dessein particulier de la Providence que l'Afrique chrétienne a vu s'établir au milieu d'elle ces deux centres de lumière où l'éloquence et l'érudition, la rhétorique et la critique, la rigueur des