‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 26 sur 223 · Ad Martyres, m · texte numérisé non relu

Ad Martyres, m

Discours aux martyrs. En prenant son terme de comparaison dans les exercices de la vie militaire, l'orateur africain se rapproche du ii® livre des Tusculanes. Là, Gicéron cherche également à fortifier son interlocuteur contre la crainte des souffrances. 11 énumère à cet effet toutes les raisons que pouvait lui suggérer l'honnêteté païenne, en montrant ce que l'exercice, l'habitude et la réflexion ont de force pour apprendre à mépriser la douleur. Afin de confirmer son raisonnement par les faits, il cite divers exemples que Tertullien reprend après lui , bien que la conclusion ne soit pas la même de part et d'autre. Permettez-moi, MessieurSj de comparer entre eux ces deux morceaux inspirés par des doctrines si différentes.

(( A Sparte ^ dit l'orateur romain, on fouette les enfants au pied de l'autel jusqu'à effusion de sang; quelquefois même, à ce qu'on m'a dit sur les lieux, il y en a qui expirent sous les coups, et cela, sans qu'aucun d'eux ait laissé échapper, je ne dirai pas un cri, mais un simple gémissement. Voilà ce que peuvent des enfants, et des hommes ne le pourront pas! Voilà ce que fait la coutume, et la raison n'en aura pas la force!... Parlerai-je des armées? Eh bien! le nom ô!exercitus qu'elles portent ne vient-il pas, dites-moi, des exercices pénibles auxquels on les soumet? Quelle fatigue pour un soldat, lorsqu'il marche, d'être chargé de vivres pour plus de quin;ze jours, et de porter, outre cela, son bagage et un pieu! A l'égard du casque, du bouclier et de l'épée, il ne les compte pas plus pour un fardeau que ses épaules, ses bras, ses mains. Un langage usité parmi les soldats, c'est

que leurs armes sont leurs membres; et en effet, si l'occasion se présente , ils mettent bas le reste de leur fardeau, et se servent aussi lestement de leurs armes que si elles faisaient partie de leur corps. Quel travail que celui de nos légions dans leurs divers exercices, course, mêlée, cris de guerre !...J^Iais les gladiateurs, des scélérats, des barbares, jusqu'où ne poussent-ils pas la constance? Pour peu qu'ils sachent leur métier, n'aiment-ils pas mieux recevoir un coup que de l'esquiver contre les règles? On voit que ce qui les occupe le plus, c'est le soin de plaire à leur maître et aux spectateurs. Tout couverts de blessures, ils envoient demander à leur

maître s'il est content : s'il l'est, ils sont prêts à tendre la gorge. Jamais le moindre d'entre eux a-t-il ou gémi, ou changé de visage? QuaL-iirt-d^Qs4eur -chute même, pour en dérober la honte aux yeux du public! Renversés enfin aux pieds de leur adversaire, s'il leur présente le glaive, tournent-ils la tête? Voilà ce que l'exercice, la réflexion et l'habitude ont de pouvoir. Quoi donc? Jn Samnite, un coquin, le dernier des mortels, pourra s'élever à ce degré de courage, et il y aura dans le cœur d'un homme né pour la gloire un endroit si faible que ni raison, ni réflexion ne puissent le fortifier ^ ? »

Je doute. Messieurs, que les exemples cités par Cicéron aient beaucoup de force pour soutenir l'âme humaine au milieu des souffrances, lorsqu'on les propose ainsi sans les relever par un motif supérieur. Dire à un homme, en présence d'un grand sacrifice, qu'on fouettait les en-

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