‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 57 sur 223 · Apolog., V, VI · texte numérisé non relu

Apolog., V, VI

déclaré notre protecteur, le sage Marc-Aurèle. Qu'on lise la lettre où il atteste que la soif qui dévorait son armée en Germanie fut apaisée par une pluie dont il se crut redevable aux prières des soldats chrétiens. S'il ne révoqua pas ouvertement les édits portés contre nous, du moins les rendit-il sans effet, en menaçant nos accusateurs d'une peine encore plus rigoureuse. Qu'est-ce donc que ces lois qui ne sont exécutées que par des princes impies, injustes, infâmes, cruels, extravagants; ces lois que Trajan a éludées en partie, en défendant de rechercher les chrétiens; ces lois que n'ont jamais appliquées ni un Adrien, si ardent à scruter toutes choses, ni un Vespasien, le destructeur des Juifs, ni un Antonin, ni un Vérus? Cependant, il appartenait, ce semble, à des princes vertueux, et non à des méchants, d'exterminer une troupe de scélérats ^ »

Assurément, rien ne pouvait être plus habile qu'une pareille distinction. En rappelant que les mauvais princes seuls s'étaient acharnés contre la religion chrétienne, tandis que les bons l'avaient ou protégée ou tolérée, Tertullien ralliait à sa cause la sympathie des cœurs honnêtes. La haine des hommes vicieux ne s'attache d'ordinaire qu'à la vérité et à la vertu. Mais je me demande s'il n'entre pas trop d'artifice oratoire dans le choix de cet argument; ou bien, si l'apologiste, en montrant tant d'indulgence pour les Antonins, n'a pas été induit en erreur par des pièces apocryphes. D'abord, ce que Tertullien raconte de Tibère ne laisse pas de paraître

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