Suétone, 60; Tacite, Annales, iv
2, « Cœlo tonantem credidimus Jovem Regnare; praesens divus habebitur
si élevé de Tertullien, laissez-moi vous citer l'hymne que chantait à la gloire d'un césar tel poëte républicain dans lequel on se plaît d'ordinaire à voir un des grands caractères de l'époque, je veux parler de Lucain.
(( Lorsque, ta carrière une fois achevée en ce monde, tu remonteras tardif vers la voûte céleste,... soit que tu veuilles tenir le sceptre des cieux, soit que, nouveau Phébus, tu veuilles donner la lumière à ce monde que n'affligera pas la perte de son soleil, il n'est pas de divinité qui ne te cède sa place, et la nature te laissera prononcer quel dieu tu consens à devenir, où il te plaît de mettre la royauté du monde... Ne te place pas à l'une des extrémités de l'univers : l'axe du monde perdrait l'équilibre et serait entraîné par ton poids. Choisis le milieu de l'éther, et que là le ciel pur et serein n'offusque d'aucun nuage la clarté de César. »
Tel est le dithyrambe que composait Lucain, l'admirateur de Caton ; et en l'honneur de qui ? de Néron. Jugez par ce seul trait de l'abaissement des esprits au moment où le christianisme venait enseigner aux peuples la vraie notion du pouvoir. Quelques années plus tard, il est vrai, le poëte stoïcien se vengera de sa disgrâce en déclamant contre le dieu auquel il avait jadis consacré sa muse. « Les guerres civiles, dira-t-il alors, nous ont donné de nouveaux dieux; elles ont remis la foudre à des mains mortelles, couronné d'étoiles et de rayons des têtes humaines. Rome dans ses temples jure par de vaines om-
Augustus » (L. III, Ode 5.)
« et alteris
Te mensis adhibet Deum. (L. iv, Ode 18.) — U., 1. i, Ode 2.
136 l'ai'ologktique.
bres ^ » Mais ce revirement d'idées n'est qu'un effet de la rancune et n'atteste que davantage l'absence de convictions religieuses dans ces âmes toujours prêtes à renier le lendemain ce qu'elles adoraient la veille. Pourquoi des hommes auxquels on répétait tous les jours et sur tous les tons qu'ils étaient dieux, n'auraient-ils pas fini par le croire ? La plupart d'entre eux pouvaient soutenir, sans trop de désavantage, le parallèle avec les dieux de l'Olympe, qui ne leur cédaient ni en crimes ni en turpitudes. Je comprends que Néron, voyant la première assemblée du monde lui décerner des autels comme à un être élevé au-dessus de toute grandeur humaine -, se soit résigné à prendre sa divinité au sérieux, et qu'il ait pu dire un jour sans rire : « Les poissons me rapporteront bien tels objets précieux enlevés par un naufrage. » Ces basses impiétés répétées sans cesse par mille bouches devaient produire leur fruit. Il était réservé à la parole évangélique de briser cette dernière idole du paganisme en remettant les hommes et les choses à leur place. Nous venons d'entendre Lucain divinisant Néron ; écoutons Tertullien relevant d'autant plus la dignité de l'empereur qu'il l'abaisse au-dessous de Dieu. Il eût été difficile de mieux interpréter la grande parole du Sauveur : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
(( Et comment pourrions-nous manquer au respect religieux que nous devons à l'élu de notre Dieu? Oui, je le dirai hautement, César est à nous plus qu'à personne,