‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 89 sur 223 · Poétique, vi, vu; Politique, l. sui, c. iv · texte numérisé non relu

Poétique, vi, vu; Politique, l. sui, c. iv

entendons l'empereur Julien parler des spectacles avec le dernier mépris et défendre aux prêtres païens d'y assister. Quant aux lois romaines, elles déclaraient infâmes tous ceux qui montaient sur la scène*. Enfin les poètes euxmêmes couvraient d'opprobre le métier d'acteur et signalaient les effets pernicieux du théâtre. Ovide n'était certainement pas un casuiste bien sévère ; mais il trouve dans ses Tristes des accents aussi énergiques que ceux de Juvénal pour marquer l'intluence désastreuse des spectacles païens sur les mœurs.

« Qu'y voit-on, dit-il en parlant de la comédie, sinon le crime paré des plus belles couleurs? C'est une femme qui trompe son mari et se livre à un amour adultère. Le père et les enfants , la mère et la fille , de graves sénateurs, se plaisent à ce spectacle, repaissent leurs yeux d'une scène impudique, ont les oreilles frappées de vers obscènes. Lorsque la pièce est conduite avec art, le théâtre retentit d'acclamations; plus elle est capable de corrompre les mœurs, mieux le poëte est récompensé : les magistrats payent au poids de for le crime de l'auteur-. »

C'est le reproche que Tertullien va reproduire presque dans les mêmes termes. Déjà, Messieurs, nous pouvons conclure que l'honnêteté païenne n'était point favorable aux spectacles. Condamné comme mauvais en soi par Platon, réputé dangereux pour la jeunesse par Aristote, le théâtre ne devait qu'aux passions de la multitude de survivre à la flétrissure dont le frappaient les lois et

1. « Quisquis in scenam prodierit, ait praetor, infamis est. » Digeste, 1. Il; De his qui notantur infamiâ.

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