‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 90 sur 223 · Tristes, 1. ii · texte numérisé non relu

Tristes, 1. ii

l'opinion publique. Il ne faut donc pas s'étonner de voir les Pères de l'Eglise s'élever avec force contre un divertissement que les moralistes païens jugeaient avec tant de sévérité. On ne concevrait même pas qu'un doute quelconque eût pu s'élever sur ce point parmi les chrétiens d'Afrique, si l'on ne se rappelait qu'ils sortaient du milieu d'un peuple pour lequel le goût des spectacles était devenu une véritable frénésie. Il s'agissait donc de rompre avec des habitudes que quelques-uns pouvaient être tentés de vouloir justifier par des prétextes plus ou moins spécieux. Même aux époques de grande ferveur, il se trouve des âmes qui, par faiblesse de caractère ou par un excès de condescendance, inclinent au relâchement. Il est probable que plusieurs néophytes de l'Église d'Afrique n'avaient pas des idées assez justes ni assez bien arrêtées sur les dangers de la fréquentation du théâtre. Pour porter la lumière dans leur esprit, Tertullien composa son traité contre les spectacles. Quoiqu'il soit impossible d'assigner à la composition de cette pièce aucune date certaine, tout permet de croire que le prêtre de Garthage saisit l'occasion qui lui était oflerte par les réjouissances célébrées en 198 dans tout l'empire, après la victoire de Septime-Sévère sur ses compétiteurs. Les réflexions du moraliste chrétien s'appliquent d'abord aux spectacles du paganisme, et s'étendent après au théâtre en général. Nous allons commencer par la première partie de l'ouvrage.

(( Serviteurs de Dieu , disait Tertullien, en s'adressant à la fois aux catéchumènes et aux fidèles , vous surtout qui travaillez en ce moment à vous approcher de lui , et

VOUS aussi qui l'avez déjà confessé ou lui avez rendu témoignage , apprenez sur quelles règles de la foi, sur quels principes de la vérité, sur quelle loi de la discipline repose l'obligation de renoncer au spectacle, entre autres erreurs du siècle, de peur que vous ne péchiez, les uns par ignorance, les autres par dissimulation. Telle est en effet la séduction des plaisirs , qu'elle fait prolonger l'ignorance à dessein ou corrompt la conscience jusqu'à l'oubli du devoir. Pour aider à ce résultat, il en est peutêtre auxquels sourient encore les maximes des païens qui, dans cette matière, ont coutume de raisonner ainsi contre nous : Qu'importent à la religion, dans le fond de l'âme et de la conscience, des consolations extérieures accordées à l'œil et à l'oreille? Dieu peut-il s'offenser d'un délassement pendant lequel l'homme garde toujours la crainte et le respect qu'il lui doit? Non, jouir en temps et lieu n'est pas un crime Illusion! Nous avons dessein de démontrer que ces plaisirs s'accordent aussi peu avec la religion véritable qu'avec la véritable soumission au vrai Dieu^ »

C'est chose assez curieuse à obsei^er que l'analogie de ces raisons alléguées par les païens en faveur des spectacles avec celles qu'ont fait valoir dans le même but les mondains de tous les temps. En quoi Dieu est-il offensé par un divertissement qui n'a rien que de fort innocent? Tel est l'éternel refrain que chantent les hommes de plaisir auxquels la morale ne cause qu'un moindre souci. ^

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