‹ TertullienChapitre 131 sur 237 · TRENTE ET UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE ET UNIÈME LEÇON

Le (loguie de la créatiou ilét'eutlu ooutre Hermogèue. — Entlioiisiafoie religieux avec lequel le prêtre de Carthage célèbre les œuvres du Créateur. — Réponse aux objectious des panthéistes contre le dogme de la création. — Hypothèse dualiste d'une matière préexistante. — Hermo- 'gène veut expliquer par elle l'existence du mal dans le monde. — Souplesse et fermeté de la dialectique de Tertullien. — Les adversaires de la créatiou ex nihilo se plaisent à confondre Tinfini avec l'indéfini. — Discussion avec lleruioûène sur le tei'raiii de la Bihlr.

Messieurs.

Les écrits de Tertullien conlre les hérétiques forment, dans leur ensemble, un véritable traité de théologie spéciale, où les principau.K articles du symbole se trouvent exposés l'un après l'autre et défendus avec une rare vigueur. Pour les apprécier selon leur mérite, il nous faudra parcourir à la suite de leur auteur le vaste champ de la dogmatique chrétienne. Déjà le dualisme de Marcion et le panthéisme de Yalenlin nous ont placés en face de la question par laquelle débute toute science religieuse et philosophique, celle de Dieu et de ses attributs. A ce point fondamental venait s'en rattacher un autre : quelle a été l'origine du monde ? Comment expliquer l'existence de l'univers, la production des esprits et des corps qu'il renferme? En résolvant ce problème par le dogme de la création, la foi catholique s'était heurtée au >entinient général de l'antiquité païenne. Pour confirmer In

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doctrine d'un Dieu unique, TertuUieii pouvait bien faire appel à la conscience humaine, au fond de laquelle cette grande idée n'avait cessé de viATe mal?:ré les ténèbres de l'idolâtrie qui l'obscurcissaient sans la détruire \ Mais en était-il de même pour le dogme de la création? Sans doute, il eût été possible d'en découvrir quelques rares vestiges à travers les siècles païens, comme un souvenir confus des traditions primitives, ou un vague pressentiment des croyances futures; mais, en dehors du peuple juif, l'erreur opposée avait envahi toutes les écoles philosophiques non moins que toutes les religions de l'antiquité. « Rien ne se fait de rien,» cet adage fameux y régnait sans restriction ni partage. Malgré quelques apparences contraires, la plus haute philosophie qu'eût produite l'ancien monde, celle de Platon, n'avait pas su dépasser le point de vue auquel s'arrêtaient les savants et la multitude: l'hypothèse d'une matière préexistante fait le fond de sa cosmogonie. Le Dieu, des platoniciens est un simple organisateur des éléments qu'il trouve sous la main; il leur donne la forme, les dispose avec ordre et harmonie, mais il ne les produit pas quant à la substance, en d'autres termes, il ne les crée pas. La notion d'un Dieu créateur ne s'était conservée qu'au sein du peuple dépositaire des révélations divines ; et il était réservé au christianisme de la faire triompher dans le monde, en renversant toutes les cosmogonies anciennes par cette formule si simple et si profonde : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. »

Or, Messieurs, il est facile de comprendre qu'un dogme qui heurtait à ce point toutes les idées reçues dans le monde païen ait dû y rencontrer une vive opposition. Je ne m'étonne

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