‹ TertullienChapitre 132 sur 237 · LE DOGME DE LA CRÉATION · texte numérisé non relu

LE DOGME DE LA CRÉATION

pas davantage qu'il se soit trouvé en butte aux contradictions des gnostiques ? Qu'étaient-ce pour la plupart que ces derniers ? Des hommes qui, après avoir passé dans le camp de l'Église, essayaient d'y transporter à leur suite l'un ou Vautre système, emprunté aux écoles de philosophie païenne d'où ils étaient sortis. Or, toutes ces écoles s'accordaient à nier la création dans le sens chrétien. De là vient qu'on ne citerait aucun point de doctrine qui ait été combattu avec plus d'opiniâtreté par les sectes primitives. C'est l'un des mérites de Tertullien d'avoir mis en lumière et défendu, contre les hérétiques, avec autant d'énergie que de clarté le dogme de la création exnihilo, pour me servir d'une expression consacrée, qu'il emploie plus de trente fois. Le traité qu'il écrivit à ce sujet contre Hermogène prouve combien nette et précise était la doctrine des premiers Pères sur cet article important du symbole catholique.

Marcion avait déjà fourni à Tertullien l'occasion de s'exprimer à cet égard avec une élévation de langage et une exactitude théologique qui ne laissent rien à désirer; or, comme nous l'avons fait remarquer, il faut toujours en revenir au grand ouvrage contre Marcion, comme au point de départ ou au résumé de toutes les controverses du prêtre africain avec les hérétiques. Le sectaire de Sinope admettait-il, à l'exemple d'Hermogène, l'existence d'une matière coéternelle à Dieu, dont le monde aurait été formé et qui serait la source ou le siège du mal ? voilà ce qu'il nous importe peu de savoir pour le moment. Tertullien lui impute cette erreur, et nous n'avons aucune raison pour révoquer en doute la fidélité de son témoignage*. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que

1. Voyez S. Iréné^ et l'éloquence chrétienne dans les Gaules, lecouxin^.

iius coMiii-: iiL:ioi(ti;i:M'..

rhérésiarquf altribuail la lormalioii du luoudc au Dieu des Juifs, qu'il envisafïeait comme un être inférieur au Dieu suprême. Parlant de là, il ne voyait dans cet univers visible qu'une œuvre extrêmement impartaite, ou, pour mieux dire, digne de raépris\ L'économie de la Rédemption lui semblait seule porter l'empreinte des perfections divines. Il faut bien le reconnaître, Marcion était le plus chrétien de tous les hérétiques : sous ce rapport, comme sous tant d'autres, il devance Luther exaltant la grâce aux dépens de la nature, et annulant la raison pour l'absorber dans la foi. Tant il est vrai que, dans cette classe d'esprits violents et extrêmes, le rationalisme s'allie, par un étrange contraste, au mysticisme le plus outré. Tertullien est admirable lorsqu'il oppose à ce contempteur sauvage de la nature les merveilles que la main de Dieu y sème à chaque pas. « Que je t'offre une rose, s'écrie-t-il, tu n'oseras plus mépriser le Créateur-.» 11 y a dans le passage que je vais citer une grande poésie de langage et de sentiment : nous voyons par là avec quelle facilité l'àme de Tertullien s'ouvrait aux impressions religieuses que produit la nature sur un cœur qui sait y lire la sagesse et la beauté de Dieu :

« Prenons, dit-il, ce qu'il y a de plus infime. Une liuinble ileur, je ne dis pas de la prairie, mais du buisson ; le coquillage d'une mer quelconque, comme celui de la mer Rouge ; l'aile du plus insignifiant oiseau comme la magnilique parure du paon, te montrent-ils dans le Créateur un ouvrier si mépiisable? Mais toi qui souris de])itiéà l'aspect de ces insectes que l'industrie du suprènie ouvrier a su douer d'adresse et

i. Adv. Marcionem, i, 13.

:.'. U)\d.^ I, 11, <i Rosam tibi ?i obtulero, uon fastklies Crcatorem. »

Page 1