TRENTE-CINQUIÈME LEÇON
Trait.'- de la Chair du Christ. - L'incaruatiou du \>rbe, foudemeiit de la doctiiue cliiétLenue. — Deux tendances contraires cliez les sectes primitives. — Les ébiouiles et les docètes. — Idéalisme fantastique de Marcion. - TertuUien défend contre cet hérésiarque la réalité de l'incarnation du Verbe. — Le premier homme créé à l'image du Christ futur. — Dans l'Ancien Testament, le Verbe préludait à son incarnation par ime action anticipée. — Objections eMarcion. — Réponse de TertuUien. — Glorification de l'humanité par le Verbe incarné. — Eve et .Marie. — La divinité de Jésus-Christ.
Messieurs,
Dans son traité de VAme, TertuUien avait passé en revue la plupart des questions qui se rattachent à l'anthropologie chrétienne. Cette analyse, aussi délicate que profonde, de la nature humaine faisait suite à sa défense de la vraie notion de Dieu, du dogme de la création et du mystère de la Trinité. Comme nous l'avons dit plus d'une fois, les écrits du prêtre de Garthage contre les hérésies forment un véritable traité de théologie dogmatique, où l'éloquence vient prêter à la controverse un puissant attrait. Or, en observant de près l'état moral de l'homme, le philosophe chrétien était arrivé à constater les désordres que le péché originel a entraînés après lui; et cette peinture des ravages causés par le mal dans l'àme humaine n'est pas une cjps parties les moins
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remarquables df l'ouvrage que je viens de nommer \ Mais, si la chute est le premier terme du problème de nos desti' nées, la réparation en est le second : ces deux dogmes sont corrélatifs, et l'étude de l'un conduit à l'examen de l'autre, C'est pourquoi l'ordre des matières, comme aussi celui des temps, nous amène vers le livre de la Chair du Christ.
Si j'ai réussi à vous donner une idée exacte du caractère et de l'esprit théologique de Tertullien, vous comprendrez sans peine que le dogme de Tlncarnation dût être pour lui le point central d'où part et où converge toute la religion chrétienne, Les hautes relations que ce grand fait établit entre l'homme et Dieu remplissaient d'admiration son âme, si accessible aux beautés de l'ordre moral. S'il voit dans l'Évangile le principe d'une transformation complète de l'humanité, c'est que le Verbe fait chair est à ses yeux la source unique d'où la vie surnaturelle découle dans chaque âme. Selon le prêtre africain, c'est s'arrêter à la surface des choses, que d'envisager simplement le christianisme comme une révélation destinée à régler les croyances et la conduite des hommes; l'incarnation du \erbe a une signification bien autrement large et profonde. Par cette sublime condescendance, Dieu élève la nature humaine à une hauteur et lui ouvre des perspectives que l'œil de la raison ne soupçonnait même pas. « Dieu est venu converser avec les hommes, s'écrie l'éloquent écrivain, pour apprendre aux hommes à vivre en Dieu. Dieu a traité avec l'homme d'égal à égal, afin que l'homme pût traiter de même avec Dieu. Dieu s'est fait petit, afin que l'homme devînt grand : Deus piisillus inventus est, ut homo maximiis fier et ^. »