‹ TertullienChapitre 182 sur 237 · Adv. Marcionom, ii · texte numérisé non relu

Adv. Marcionom, ii

DE l'incarnatio:n du verbe, 367

Certes, Messieurs, l'homme qui célébrait avec tant d'en' thousiasme le bienfait de l'Incarnation, devait y voir tout ensemble la pierre angulaire et la clef de voûte de l'éditioe théologique. En effet, l'économie entière du salut se résume dans ce fait unique, dont les motifs et les conséquences embrassent l'avenir comme le passé du genre humain. Histoire et doctrine, croyances et institutions, tout s'explique par là, L'Église, c'est le "Verbe qui prolonge son incarnation dans la société formée à son image et vivant de sa vie; les sacrements, c'est le Verbe qui communique sa lumière et sa force à chaque membre de son corps mystique; le culte, c'est le Verbe qui renouvelle son sacrifice jusqu'à la fin des temps. Il ne faut donc pas s'étonner de l'immense travail d'idées qui s'est accompli, dans les premiers siècles de l'Église, autour de ce dogme fondamental. On s'est plu quelquefois à traiter d'insignifiants ou de stériles ces débats, qui ont rempli la jeunesse du monde chrétien. A quoi bon ces discussions ardentes sur l'unité de personne, sur les deux natures ou les deux volontés dans le Christ ? Mais, Messieurs, jamais questions plus importantes n'ont été agitées sur cette terre ; car, suivant qu'on admet ou qu'on rejette l'Incarnation du Verbe, les destinées humaines changent de face et prennent un autre cours. S'il n'y a qu'une nature ou qu'une Aolonté dans le Christ, toute l'œuvre de la Rédemption s'écroule, et le christianisme avec elle. De là le caractère grave, sérieux, je dirais presque radical, de ces controverses qui portaient sur le dogme de l'Incarnation et qui ne s'arrêtent qu'au troisième concile de Constantinople. Oui, il entrait dans les desseins de la Providence que cette grande cause fût instruite et discutée à fond pendant six siècles, et que tout le mouvement des hérésies primitives se concentrât sur la personne de .lésus-

368 m; i.A r.M.viii ne c iiitisT.

Christ, afin que, si (jU('l({uun était teiilé de reprendre ce r<')le dans la suite des temps, on pût lui répondre : Vous venez trop tard ; vos nouveautés sont des redites vieilles de mille ansft plus; c'est en vain (jue vous espérez rajeunir une thèse surannée, et rouvrir un débat que le monde chrétien a clos après six siècles de luttes, d'examen approfondi, et par dixhuit siècles de croyance; universelle.

Nous ne touchons pas encore à ce débat solennel, qui a valu à l'éloquence sacrée de si beaux triomphes, et dont les phases principales s'appellent Nicée, Ephèse, Chalcédoine et Gonstantinople. Mais déjà, vers l'époque de Tertullien, les hérésies préludaient par leurs attaques à ces grandes controverses sur rincarnation du Verbe. Je dis plus, Messieurs: ces luttes sont contemporaines de l'Évangile; et, malgré l'ardeur (jue mettront nos adversaires à égaler les Juifs, la personne de Jésus-Christ ne sera jamais discutée dans le monde autant qu'elle l'a été pendant sa vie mortelle.

Pascal disait : « L'Église s'est vue obligée de montrer que Jésus-Christ était homme, contre ceux qui le niaient, aussi bien que de montrer «[u'il était Dieu ; et les apparences étaient aussi grandes contre l'un que contre l'autre \ » Telle est, en effet, l'alternative (jui s'offrait aux hérétiques des deux premiers siècles. Tandis que les uns, à l'exemple des ébionites et des cérinthiens, combattaient la divinité de Jésus-Christ, il s'en trouva d'autres, comme les docètes, pour nier son humanité. S'il vous en souvient, les épîtres de saint Ignace d'Antioche, que nous avons étudiées ensemble il y a (pielques années, sont consacrées à la réfutation de ces deux erreurs contraires. Déjà auparavant, l'Évangile et les Épîtres

Page 1