‹ TertullienChapitre 90 sur 237 · ET LE LIBRE EXAMEN. I8S · texte numérisé non relu

ET LE LIBRE EXAMEN. I8S

suppose une certitude acquise; car l'absence de certitude pquivaut au doute, ce qui est la négation de la foi, ou tout au plus à une probabilité qui ne saurait former une base solide pour l'adhésion pleine et entière de l'intelligence aux \ érités révélées. Je ne puis pas faire un acte de foi raisonnable sur une doctrine dont le contenu reste pour moi à rétat de problème, et qui est subordonnée aux éventualités d'une recherche dont je ne prévois pas le terme. Donc le libre examen, pour être conséquent avec lui-même, devra reculer indéfiniment dans l'avenir Pacte de foi qu'il est incapable de faire dans le présent, sous peine de renier son principe. En d'autres termes, il cherche toujours sans jamais trouver^ semperquœremus,etnunquamomninocredemus;c3iV, ce qu*il prétend avoir trouvé, il a toujours le droit de le remettre en questiouj et rien ne lui garantit que ce nouvel examen ne tihangera pas ses convictions précédentes. Je le répète, aucune profession de foi actuelle et positive n'est possible avec le libre examen : s'ils veulent être logiques, ses partisans sont obligés de suspendre leur jugement, et de se contenter d'une

toat d fait, et que, par conséquent, elles ne peuvent Satisfaire réellement que ceux qui se trouvent dans le même état d'âme que moi en ce moment, ceux qui ont les mêmes tendances, les mêmes besoins intellectuels. >< (Le Lien, u» du i mai 1861.) La conclusion logique de ce passage, c'est que le libre examen ne peut engendrer qu'une foi provisoire, ce qui équivaut à l'absence d'une foi véritable. Car qu'est-ce qu'une foi que Vexpériencepeut modifier à chaque instant, si ce n'est le doute perpétuel ? En citant ces lignes étra,nges, M. Guizol, y trouve « une honnête anxiété », et il éprouve un sentiment d'estime mélancolique pour leur a.uteuv.( L'Église et la Société chrétienne en 1861, p. 17.) Pour nous, elles ne nous prouvent qu'une chose, c'est que les écrivains de la Réfdrme, qui veulent être conséquents avec leurs principes, ne conservent plus même une apparence •le christianisme. Le Christ est-il donc venu ouvrir au milieu du monde une école de doutes? serait-ce là le véritable sens de son œuvre? Que les prétendus ministres du saint Évangile osent donc le dire hautemeut,une l'ois poiu- toutes.

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toi provisoire (jui ne saurait jamais devenir d»''tinitivr ; car. d'après leur théorie, le travail criti(jue du lendemain peut toujours détruire dans leur esprit eelui de la veille. Or, comme If dit Tertullien avec autant de i)on sens que d'éneririe. des gens auxquels leur système interdit de faire un aelf de foi sur une doctrine (jui leur glisse des mains, ne méritent pas le nom de chrétiens dans le sens véritable du mot, christiani non sunt. Où donc faudra-t-il chercher le vrai christianisme? Là où la ddctrini' chn-tienne existe toute faite, toute trouvée, sous la sauvegarde d'un témoignage authentique et d'une autorité légitime, à l'abri des fluctuations et des caprices du libre examen. Partant de là, Tertullien reproduit dans ses principaux articles le symbole de la foi catholique, pour opposer aux incertitudes de ceux qui cherchent toujours, sans jamais trouver, les convictions inébranlables d<' ceux qui n'ont plus à chercher parce qu'ils ont trouvé'.

Je n'ai guère besoin. Messieurs, de vous faire observer que, sous ce rapport, la situation est aujourd'hui exactement la même qu'au deuxième siècle. Pour me servir des expressions de Tertullien, nous aussi nous sommes entourés de chercheurs qui confessent eux-mêmes qu'ils n'ont pas trouvé, ou du moins qu'ils n'ont rien trouvé de définitif. D'un côté, l'on nous dit avec beaucoup de franchise que la science philosophique, telle que l'entend le rationalisme, n'est pas faite: de l'autre, on nous déclare avec non moins de sincérité que la critique religieuse est encore à l'état d'enfance, et l'on nous propose d'attendre patiemment les magnifiques résultats de l'avenir. La promesse est belle; mais, n'avant plus un siècle à vivre, j'avoue qu'elle ne me touche guère. Eh ! que m'im-

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