De Pro.'srript.. xiii
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porU' ((u'uji parvJL'Diit' à découvrir la vérité dans quekjues siècles d'ici :' il me la faut aujourd'hui même, pendant ma vie, car d'elle dépend la direction que je devrai donner à ma conduite, partant ma destinée. C'est absolument comme si l'on promettait à un honnne qui meurt de faim, un repas succulent pour la semaine qui suivra sa mort. Je comprends qu'on s'en remette à l'avenir pour la solution de certains problèmes d'art ou d'industrie : nos arrière-neveux, dit-on, jouiront du privilège de voyager dans Tair et sous l'eau, faveur qui nous est refusée jusqu'ici, et dont la privation ne m'inspire pas le moindre regret, par la raison bien simple (pje je puis m'en passer sans diificulté. Mais il n'en est pas ainsi de la religion, qui est mon intérêt le plus pressant, mon affaire capitale. Une suifitpas de dire que la science trouvera peut-être là-dessus quelque chose de satisfaisant dans les âges futurs; j'ai besoin d'être fixé, dès maintenant, sur mes croyances et sur mes devoirs. Tout est là pour moi, et, suivant que je me trompe ou non, je fais fausse route ou j'arrive au but. Voilà pourquoi, et tout homme sensé fera de même, je laisse aux chercheurs de religion leurs programmes d'avenir, et en attendant que le travail s'achève et qu'ils se soient mis d'accord entre eux, ce qui ne me parait pas très prochain, je me tourne du côté oii l'on ne cherche plus, parce que l'on possède, et où j'ai le bonheur de trouver, à ma portée et sans de longs efforts, un symbole toujours identique à lui-même, garanti par dix-huit siècles de foi et de science véritable. La solution de ïertullien est encore celle de quiconque ne veut pas jeter sa destinée au vent du hasard.
Nous avons vu avec ({uelle précision théologique le prêtre de Carthage distingue entre l'examen des titres de la révélation, des motifs de crédibilité, et le libre examen, ou la dis-
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cussion critique des vérités révélées, prises en elles-inèmes. Il admet le premier comme parfaitement légitime; il repousse le second, parce qu'il y voit la ii»'i;aii()n de la toi, une véritable apostasie. Est-ce à dire cependant (|u'il n'y ait d'autre examen licite que celui -qui précède la toi? Non, même à l'homme qui croit déjà, la doctrine catholique n'interdit pas le moins du monde un examen ultérieur, à condition que le tidèle entreprendra ces études pour se contirmer dans la foi, et non pour la remettre en question, comme si elle pouvait être douteuse, ce qui équivaudrait à la renier. Il y a plus ; en dehors de la règle de foi, qui doit rester sauve et intacte, l'Église laisse un vaste champ ouvert à la discussion et aux recherches. C'est chose vraiment admirable de voir avec quelle aisance les théologiens des premiers siècles ont traité ces questions, sur lesquelles l'ignorance et la mauvaise foi ont répandu tant de nuages. Vous êtres libres, dit Tertullien, d'examiner tout ce qui peut tomber en question, sans blesser la règle de foi. Pourvu que cette dernière demeure hors d'atteinte, il vous est permis d'étendre indétiniment le cercle de vos investigations : cherchez, discutez, donnez l'essor à votre curiosité ; si quelque chose vous paraît obscur ou équivoque, il en est parmi vos frères qui ont reçu le don de la science, adressez-vous à eux, cm'ieux à leur tour, ils chercheront avec vous; mais, encore une fois, respectez ce qui est au-dessus de toute contestation *. Voilà le langage que l'Église n'a cessé de tenir à la raison humaine. Certes, personne ne dira que l'esprit spéculatif ne s'est pas donné libre jeu au sein du
\. De Prœscript., xui, xiv. « Quaeramus ergo iu uoslro, et a uostris.et de aostro: idque duntaxat quod, salva régula fidei, potest in qiieslionem deveuire... Maneute forma regulse fidei in suo ordine, quantum libet quaeras et tractes, et omnpui libidinem curio?itati> eifuuda?. •■
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catholicisme ; nulle pari ailleurs on n'a discuté davantage; l'histoire de nos grandes écoles théologiques est là pour le prouver. Mais ce qui n'est pas moins certain, c^est qu'on a toujours eu soin de laisser le symbole de foi en dehors du débat. Or, je dis, Messieurs, que cette réserve à l'égard des premiers principes d'une science est la condition nécessaire de tout progrès véritable. La meilleure manière d'en rester au point de départ, sans pouvoir faire un pas en avant, c'est de remettre perpétuellement en question ce qui est déjà prouvé- Aussi voyez la différence : anciennement, dans nos écoles théologiques, on discutait sur les mystères de la grâce ; on s'efforçait d'approfondir ce qu'il y a de plus intime et de plus élevé dans les relations de Dieu avec l'homme. Aujourd'hui, quand les tenants du rationalisme descendent dans la lice, ils se disputent entre eux, sur quoi? Sur l'existence de Dieu, c'est-à-dire sur l'alphabet de la science théologique ou philosophique. Ils appellent cela du progrès : Platon était plus avancé. Il n'y a de progrès possible qu'à la condition de placer le dogme hors d'atteinte, comme le fait l'Église catholique.
Déjà, Messieurs, vous avez pu vous convaincre par le préambule du traité des Prescriptions, que l'ouvrage de Tertullien nous met en face de nos luttes contemporaines; et bien que je me propose de l'examiner un peu plus tard à ce point de vue particulier, je n'ai pu m'empêcher d'en faire la remarque dès aujourd'hui. Il n'est guère de publication partie du camp des protestants ou des incrédules qui ne se trouve atteinte par ce chef-d'œuvredel'éloquenceau deuxième siècle. Tertullien et toute l'Église primitive avec lui repoussent le libre examen dans le sens des hérétiques : à leurs yeux, il n'y a de régulier et de normal que l'unité de tous les chré-
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tii'iis dans raillu'sioii au mèiut" syiuholfdc toi. Il ne s"agit pas de Si' livrer à des reclierclu-s sans tin: la vi-rité est toute ti'ouvi'c. et \o cliristianisint' a |»rt''cist''nit'iit imiir Ixit de procuivr aux lioinnies lavantage de s'y reposer »mi pleine sécurité. Voici, au contraire, ce (| ne je lis dans un ouvraj.;e intitulé: iÉylise et la Sociéli' chrétienne, dont l'auteur mérite beau- (•ou|) de respect, bien (|iie les préjugés de secte l'entraineiil nu\ assertions les plus étranges :
<( Quand Dieu a créé l'homme pensant et libre, il ne lui a pas livré la décision de ce qui serait ou ne serait pas la vérité ; mais il a fait de la variété des convictions la condition des hommes sur la terre, comme de la liberté leur droit. La paix permanente des esprits dans une loi unique n'est ni dans notre natur'e ni dans notre destinée. Le genre humain est voué au travail et à la lutte dans la recherche de la vérité, non pas au repos dans le sein de l.i vérité'. »
Ce peu de lignes suffisent pour montrer quelle confusion la prétendue Réforme a jetée dans les meilleures tètes. Connnent ! personne, ici-bas, ne peut décider ce qui est ou n"est pas la \érité! -Mais alors, à quels signes la reconnaître, celte xt-rité:' ( lii la trouver ? qui pourra dire avec certitude (ju'il la possède '? list-il possible de donner gain de cause au scepticisme avec [)lus de sang-froid et de maladresse :' Quoi ! le genre humain est éternellement voué à la recherche de la vérité, sans pou- Noir jamais s'y reposer! Mais alors, pourquoi le Fils de Dieu eat-il venu sur la terre? Jusqu'ici tout le monde pensait que la mission de Jésus-Christ avait eu pour but d'apporter la vérité aux hommes, de la rendre accessible à tous, de telle ^orte (|ii<' chacun jjùI y trouver le repo> de l'intelligence.
1. L'Éjliser! la Sûciilc chiùlienne en l.sdi. par .\1. i.iiuul rliap, ii. |i. 8
i: r [.i: i. iituK i:\.\mi;\. 18'.1
C/csl U' cai'iic'tèi";' qiK' le S;iu\«'iir lui-inèiiU' atlrihiie à son œuvre en plus de cent endroits de l'Évaniiile. Mais non. dans le système de l'aiitt'nr. lifii n'est changé; après le clirislianisnie comme avant, nous sommes condamnés au rôle de cliercheurs, et la paix des âmes dans la vérité reste un vain rêve. Qui ne voit qu'une telle assert ioii anéantit la mission du (^lirist, laquelle devient dès lors illusoire et chimérique? Nul doute que la variété des convictions, ou pour mieux dire des opinions, n'existe comme un fait en dehors de l'Église catholique; mais c'est là un fait anormal, qu'on ne saurait sans blasphème mettre sur le compte de la volonté divine: l'ignorance et les passions humaines en sont seules responsables. Dire que Dieu lui-même a « fait de la variété des convictions la condition des hommes sur la terre », c'est supposer que. pour lui, la vérité est chose indifférente, ou que le oui et le non sont identiques à ses yeux. Dieu, qui est la vérité même ne peut vouloir qu'une chose, c'est que tous les hommes embrassent la vérité, laquelle, étant une et immuable, doit se formuler dans un symbole uni([ue. C'est à cette unité i-cligieuse et morale que le christianisme a pour mission de ramener le genre humain : mission dans laquelle il est entravé sans cesse par l'orgueil et les passions des hommes, mais qui n'en constitue pas moins son caractère essentiel. Si la diversité des croyances est un fait légitime, conforme à la volonté de Dieu, il n'y a plus de différence entre la vérité et Terreur, et, par une conséquence logique, entre le bien et le mal.
Je n'ajouterai plus qu'une réflexion avant de terminer. L'éniinent historien auquel je réponds admet sans doute l'au lurité de saint Paul et des autres apôtres, ainsi que le témoignage de l'Église primitive. Eh l)ien. si la variété des convictions est Mil fait vonlii de iJieu : " si Dii-n n'a livré à persoinif
i*»0 i.i: Ti^'AiT'-: ni:s ['FiFsciui'i kins i: t i.i: lirric e\a.m|^n.
lîi décision de cv (jui serait on nv- seruit pus la vérité >>, je demanderai de quoi droit saint Paul vl saint Jean ont anathématisé les hérétiques dans leurs épîtres, dequel droit rÉglisc» des premiers temps n'a cessé de condamner tous ceux qui ne pensaient pas comme elle? Ces hommes, que les apôtres Iraitaient avec tant de sévérité, n'auraieiit-ils pas été fondés à leur répondre, en partant des principes du protestantisme: Nous n'avons fait ({u'user du libre examen; nos recherches ne nous ont pas conduits aux mêmes résultats que vous; mais vous n'avez pas le droit de nous jeter l'anathème, car K Dieu a fait de la variété des convictions la condition des hommes sur la terre ». Je défie l'esprit le plus subtil d(i trouver une apparence de raison pour concilier la conduite des apôtres et de rÉeflise primitive envers les hérétiques aveo la doctrine du libre examen, C'est qu'en effet, comme nous l'avons dit, libre examen et révélation divine sont deux termes contradictoires; affirmer l'un, c'est nier l'autre. Le seul procédé raisonnable k l'égard d'une révélation divine consiste à chercher si elle existe réellement et on il est pos' sible de la trouver: une fois trouvée, elle commande l'asseu' timent de quiconque admet l'existence de Dieu. Or, dans l'hypothèse qu'il ait plu à Dieu de révéler aux hommes des vérités nécessaires à leur salut, il a dû leur fournir le moyen de les reconnaître et de les distinçtuer: ce moyen, cette voie courte et facile pour arriver :\ la vraie doctrine de Jésus- Christ, l'auteur du traité des Prescriptions va nous l'indiquer.