VINGT-HUITIÈME LEÇON
Deux mélliodes daus la réfulatiou des hérésies : riuie analytique, reposaut sur uue discussion détaillée des textes et des divers points de doctrine; l'autre synthétique, tranchant la question d'ensemble par la simple constatation d'un fait. — L'argument de prescription; son caractère et sa valeur. - La prescription dans le droit romain. — Tertulllen transporte ce procédé juridique sur le terrain de la théologie. — Les Jiérétiques ne sont pas même recevables ù disjjuter sm- les Écritures, parce que l'Église est en possession de la vraie doctrine du Christ. — L'enseignement de l'Église est apostolique quant à son origine et quant à son objet. — Efforts des sectaires pour échapper à l'argument de prescription. — Nouveauté des hérésies. — Leurs contradictions et leurs variations sur la doctrine. — Leur résultat moral. — Le traité des Prescriptions atteint les sectes de tous les temps et de tous les lieux.
Messieurs,
Dans la première partie du traité des Prescriptions, TertuUien s'était arrêté au rôle providentiel des hérésies, à leur caractère général et à leurs sources, en même temps qu'il assignait à l'examen en matière de foi son véritable objet et ses limites. Ce n'était là toutefois qu'une sorte d'avant-propos destiné à éclaircir la suite de la discussion. Pour échapper aux condamnations de l'Église, les sectes primitives se réfugiaient dans l'Écriture sainte, ou chacune d'elles prétendait trouver la justification de ses doctrines. Marcionites et Valentiniens, tous se flattaient également de professer le pur Évangile, et nul d'entre eux ne manquait d'invoquer des
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It'XU's l)ihli(|LH's il ra[)|)ui de sou syslt'iiic II .^'a^issail de 1rs (rliasser do «•cttc position eu leiii' cnlrvaiit Tarnit^ qu'ils maniaient nwc tant dt; coniplaisance. Ici \ienl se placer le célM)!'!' ai'iiiiiiit'iii (If prt'M'ript ion.
Au deuxième .siècle, comme aujourd'liui, on avait le choix enliv deux méthodes dans la réfutation des hérésies. La preinière consistait à placer le débat >ur le ici rain des Écritures, et à prendre l'un après l'auln- les articles du symbole catholique, pour dénn)ntrer (jue chacun d'eux a .son fondement dans la parole de Dieu écrite, tandis que les opinions des sectaires y trouvent leiu' condamnation. Cette méthode analytKpic, Ti-rlullicn l'a suivie dans son i,'rand ouvrage contre Marcion : et, pour peu (pie l'adversaire y mette de bonne loi et de sincérité, elle peut ottrir des avantaftes. Mais, en j^énéral, l'expérience a [)rouvé <pie ces discussions de textes n'amènent pas le résultat désiré, ouire (piflles exiiiciii beaucoup de temps et d'ap[)lication. Les rétlexioiis (jne le |jrètre de Carthage t'ait à ce sujet montrent combien cet esprit pénétrant et observateur était rompu au\ habitudes dv la contro- Ncrse. Vous voulez, dit-il, disputer avec un liérétique sur les Kcrilures: mais d'abord il ne les re(;oit pas toutes, et celles (lu'il admet, il les altère, soit parce qu'il eu retranche, soit parce qu'il y ajoute. Puis il les interprète à sa guise : aux passages (jui le conlondent, il en oppose d'autres dont l'obscurité lui permet d'y placer ce (pi'il Ncut. Si versé que vous soyez, dans la science des Écritures, vous ne l'empêcherez pas de nier opiniâtrement tout ce (jue vous avancerez, ni de soutenir avec la même persistance tout ce (|ue vous nierez. Stérile quant k l'hérésie «jue vous réfutez, une pareille discu.ssi(»u peut devenir dangereuse pour ceux (jui en sont témohis et (pic \(»us cliercbez à ('clairer. Surpris de voir (pi'oii a nié
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ri atfirnK' do pjirt et d'autre, sans (jnc l'un des dt'uv coinhaffanls se donne poui* vaincu, ils reniporteront peul-ètre du spectacle de cette lutte l' indécision et le doute, (^f-st donc «-n j>ure perte que a ous > ous serez engagé dans un combat au(|uel vous gagnerez, en lin de compte, beaucoup de fatigue et d'indignation. I.a dispute sur les Écritures avec ini liérétirpie n'est bonne qu'il briser la tète et à épuiser les poumons '.
A'oilà ce (|ue l'expérience avait appris à ïertullien; et l'on peut ajouter que l'histoire des controverses modernes n'est guèrt^ faite [)oui' affaiblir la valeur de ces observations. Certes, je le répète, si les préjugés de naissance et d'éducation ne venaient pas s'ajouter à d'autres causes encore poiu" obs- <'urcir l'entendement , la méthode en question pourrait aboutir il de grands résultats. Quoi de plus net et de plus pré<-is, par exempl(\ ipie les textes de l'Évangile sur la présence réelle, sur la primauté de saint Pierre, sur le pouvoir des apôtres de remettre ou de retenir les péchés ? Il semblerait, à les lire, qu'il ne dût pas y avoir là-dessus de contestation possible. Et pourtant, vous n'ignorez pas, Messieurs, à quelle multitude d'interprétations diverses ont donné lieu, parmi les hérétiques, ces passages si lumineux et si frappants. C'(^sl pounpioi le théologien du deuxième siècle estime avec raison (pie cette discussion de textes bibliques est le plus souvent aussi infructueuse que longue et difficile. Il est une autre méthode simple, courte, décisive, qui arrête les hérétiques dès le premier pas, en leur prouvant (|u'ils ne sont pas même recevables à discuter sur les Écritures. De plus, l'ordre natul'el des choses exige qu'elle ait la priorité. Car enfin, avant tout débat ultérieur sur les Écritures, il faut commencer par