SA NATURE ET SA VALEUR
fait d'eux et de leurs systèmes, s'ils le laissaient passer sans réponse. Voyons donc, avant d'aller plus loin, quelles arguties ils opposaient à la thèse de Tertullien.
Pour affaiblir l'argument de prescription, les sectaires s'efforçaient de rompre la chaîne du témoignage, en détachant d'elle un anneau après l'autre. Il ne leur restait, en effet, qu'à s'avouer vaincus, ou à choisir entre ces trois propositions : les apôtres n'ont pas tout su; ou bien, s'ils ont tout suj ils n'ont pas tout enseigné à tous; ou enfin, s'ils ont tout enseigné, les Églises ne les ont pas bien compris. Vous pouvez juger par cette sophistique captieuse que les hérésies des deux premiers siècles ne le cédaient point aux sectes modernes en hardiesse ni en subtilité. La réponse deTertuJlienest aussi nette que vigoureuse. Quel homme sensé, s'écrie-t-il, pourrait prétendre que les apôtres eussent ignoré un point quelconque de la doctrine chrétienne, eux que le Sauveur avait donnés pour maîtres à l'univers, les instruisant lui-même avant de leur confier la mission d'enseigner tous les autres? Qu'est-ce qui a pu être caché à Pierre, ainsi appelé parce que l'Église devait être bâtie sur lui, à Pierre qui avait reçu, avec les clefs du royaume des cieux, le pouvoir de lier et de délier sur la terre et dans le ciel? Qu'est-ce qui a pu être caché à Jean, le disciple bien-aimé, à qui le Sauveur permettait de reposer sur son sein, à qui seul il montra d'avance le traitre Judas, et qu'il donna pour fils à Marie en son lieu et place? Qu'estce que le Christ aurait voulu cacher au reste des apôtres, compagnons de ses travaux pendant sa vie, hérauts de sa doctrine après sa mort ? Sans doute il leur avait dit : « J'aurais encore à vous parler de bien des choses, que vous ne pouvez pas porter à présent ; » mais en ajoutant : « Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. » Or cette
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promesse s'est accomplie par la descente de TEsprit-Saiiit sur les apôtres le jour de la Pentecôte \ Les hérétiques nous opposent (jue Pierre a été repris par Paul, d'où ils concluent que le premier ignorait certaines vérités dont le second avait la connaissance. Objection misérable, que des écrivains protestants n'ont pas craint de reprendre pour leur compte, sans réussir à la rendre moins ridicule! Mais, répond Tertullien. il faut vouloir faire preuve d'une ignorance peu commune pour confondre à tel point des choses parfaitement distinctes. Ce que Paul reprenait dans Pierre, c'était une faute de conduite, et non pas une erreur dans l'enseignement de la foi '. Afin de ménager les susceptibilités de quelques chrétiens judaïsants plus scrupuleux que les autres, Pierre avait cru devoir cesser de manger avec les gentils : Paul trouvait cette condescendance excessive. C'est à quoi se réduisait tout le débat. A ce compte-là Pierre aurait pu à égal droit blâmer Paul de ce que, prohibant la circoncision, celui-ci n'en avait pas moins fait circoncire Timothée. Cette différence d'appréciation prouve tout simplement que, dans leur manière d'agir, les apôtres avaient égard aux circonstances de temps, de lieu et de personnes. Quant à la doctrine, elle n'était nullement en question. Pierre et Paul prêchaient le même Évangile, comme aussi ils furent réunis dans un seul martyre ^ Tertullien aurait pu ajouter qu'au lieu de prouver l'ignorance des apôtres, les hérétiques ne faisaient que démontrer la leur. Ne pouvant atiaiblir l'argument de prescription par l'iiy-