INTRODUCTION
I. — Tertullien a été mainte fois interrogé par les théologiens, les moralistes et les historiens; il a sa place dans les lettres latines ; on le nomme souvent, on le cite quelquefois en dehors des ouvrages d'érudition. Et en effet, il semble valoir la peine d'être écouté : il donne l'impression d'un chef de parti qui porte la parole et qui expose des principes. Peutêtre n'est-il qu'un metteur en forme et en formules d'idées qui ne lui appartiennent pas; mais, surtout s'il n'est que cela, rien n'est indifférent de ce qu'il a pensé et dit du conflit ouvert dès son temps entre le christianisme et l'Empire, entre la communauté chrétienne et la société romaine.
On ne sait trop pourquoi ni comment l'Empire et la société païenne, après une résistance que la tradition dit tenace et énergique, ont finalement cédé à la foi et à l'Eglise ' ; on sait seulement que l'âge qui a suivi le plein de la vie de Tertullien a été marqué par un effort du paganisme et de l'État pour échapper à l'étreinte du christianisme. Peut-être Tertullien, qui a assisté en quelque sorte à la préparation de cet effort, nous en révélera-t-il la cause, nous en fera-t-il comprendre le sens et l'échec. Il occupe dans l'Eglise de son temps une position qui semble originale ; il s'est placé au premier rang pour la défendre ; il est le premier Père qui se soit servi du latin; son œuvre constitue l'ensemble de documents le plus copieux que nous possédions sur les premiers temps de l'église d'Afrique"; sa langue obscure et rude est