‹ TertullienChapitre 113 sur 561 · I. De fuga, 12 et i · texte numérisé non relu

I. De fuga, 12 et i

soumission au tyran et sa suppression par un autre instrument de Dieu; mais elle ne satisfait ni la raison ni TertuUien lui-même ; aussi la complète-t-il par une autre, qui lui est très chère, celle de la vengeance divine '. Le chrétien n'a pas le droit de résister par |la force aux tyrans; il doit simplement leur refuser obéissance lorsqu'ils ordonnent quelque chose d'injuste, c'est-à-dire de contraire à la loi de Dieu, et subir en silence le supplice qu'ils lui infligent ; mais Dieu n'oublie pas ses serviteurs et, un jour, sa colère tombera sur ceux qui ont prescrit les souffrances qu'ils endurent : ils expieront dans d'éternelles tortures ^ le malheur d'avoir été choisis par lui pour éprouver ses fidèles et d'avoir été abandonnés aux conseils du démon. Or, nous avons vu que TertuUien réduit, en somme, les obligations du chrétien à l'égard de l'Empereur à celle de l'aimer et de prier pour lui; voici qu'elle se restreint encore : le chrétien n'aime que les bons Empereurs, c'està-dire ceux qui, étant bons selon sa loi, seront justement mauvais selon les intérêts de l'Empire. Il prie aussi pour les autres, mais c'est pour qu'ils deviennent également bons et, s'ils s'y refusent, il les voue dans le fond de son cœur à l'épouvantable vengeance de Dieu ^ Il ne faut donc pas se faire illusion sur les éloges rétrospectifs que TertuUien distribue aux Antonins et à Sévère ; la joie qu'il savoure d'avance, en songeant qu'il verra le jour de la vengeance, prouve bien qu'il ne saurait être soumis que des lèvres, plutôt encore passif que soumis, et qu'insensible à toute vertu qui n'est pas chrétienne, ou qui ne sert pas la foi, il maudirait en luimême un Marc-Aurèle vivant.

IV. — Dans la suite, les chrétiens brouillèrent un peu leurs souvenirs sur les divers princes et montrèrent quelque désaccord pour leur distribuer la responsabilité des épreuves de l'Église. Toutefois, l'opinion chrétienne moyenne ne s'écarta guère des jugements formulés par TertuUien. Néron demeura le prototype du tyran sanguinaire, l'Antéchrist"; Domitien garda une médiocre réputation^;

1 . De poenit., i5; De oratione, 5 ; Ad Scap., 3 ; Adv. Marc, V, i6.

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