Cor., VI
3. On en pourrait citer de nombreuses preuves; je me contenterai d'une seule, qui est caractéristique; elle nous est fournie par Justin, Il Apol., 2: une femme très débauchée s'est convertie et a changé de vie, mais son mari ne veut pas la suivre dans la pénitence et, comme elie ne veut pas demeurer dans le péché avec lui, elle le quitte; elle lui envoie môme une signification de divorce (pT,-o'j5îov) et, comme il refuse de l'accepter, elle adresse un placet à l'Empereur pour obtenir de régler préalablement ses affaires propres (ta èauTTiO, ce qui lui est accordé. Voilà une femme bien conseillée et qui sait son code. Justin ne s'en montre nullement surpris ; au reste Tertullien ne dira-t-il pas que, sauf en matière de religion, les chrétiens font comme tout le monde.
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et l'esprit des ténèbres qui l'inspire. Assurément, il y a dans chaque province une très bonne police contre les malfaiteurs et, contre les criminels d'État, tout le monde est de la police '. S'agit-il d'un délit de droit commun? Les magistrats ne jugent pas à la légère et sans entendre la cause; ils font une enquête, s'informent exactement, pèsent le pour et le contre ' ; ils recourent même à la torture pour faire avouer le coupable — Tertullien admet cela très bien, à la condition que la torture ne serve qu'à éclairer la justice ^; — ils ne se contentent pas du simple aveu du crime. S'agit-il d'un meurtre, par exemple? Il faut qu'ils en connaissent les circonstances, la nature, qu'ils sachent où il a été commis, de quelle manière et quand, que le coupable nomme ses complices s'il en a, que les témoins déposent. Tertullien, qui avait été avocat et mêlé sans doute à toute cette procédure, n'y trouve rien à redire ; il n'y a pas, à mon sens, de raison de douter de sa sincérité, ni de croire qu'il n'a recherché qu'un contraste ; son ancienne profession et les habitudes courantes suffisent à expliquer qu'il ait gardé de l'estime pour la justice romaine. Des chrétiens sont-ils poursuivis ? Tout change : on les torture après qu'ils ont avoué, pour les faire souffrir, ce qui est abominable '', et on se contente pour les arrêter d'accusations vagues, de bruits ineptes répandus par des délateurs ^ ou des sots ^. Toutes les formes de la procédure sont violées pour eux et on les condamne sans les connaître, c'est-à-dire sans les entendre, pour des crimes imaginaires \ Tel est, en quelques mots, la thèse longuement exposée par Tertullien dans V Apologétique, dans les deux livres Ad nationes et dans la lettre Ad Scapiilam. Elle est au fond très sophistique. Qu'on parcourre les Actes des Martyrs, — simplement ceux qui sont rangés dans le recueil de Ruinart, — de Néron à Julien, on n'y trouvera que très peu d'écho de ces bruits infamants qui couraient dans le peuple sur les chrétiens. Que ces bruits aient été sans importance, c'est ce que personne ne dit : ils ont sans doute excité des mouvements populaires très graves et V Apologétique elle-même en témoigne ; mais ils n'ont jamais eu grand crédit en justice ". En général, on