‹ TertullienChapitre 147 sur 561 · De fuga · texte numérisé non relu

De fuga

9. De jejunio, 12. J'emprunte cette traduction à Renan, M. Aur., p. 171.

l56 CHAPITRE V

avait enfin composé sur VExtase, un traité que nous n'avons plus. Voilà une suite d'idées logiquement enchaînées et il semble difficile d'apporter aucun tempérament à la doctrine qu'elle suppose. TertuUien n'engage pourtant pas ses frères à aller au devant de la persécution comme au devant de Dieu '; lui-même, qui n'y alla jamais, et vraisemblablement mourut dans son lit, aurait dû d'ailleurs donner l'exemple, car c'est le propre de ces exhortations de n'avoir de valeur que lorsqu'elles sont appuyées d'une démonstration décisive. Tertullien est seulement disposé à accorder son approbation à ceux d'entre les chrétiens qui font un pas de plus qu'il n'en veut faire lui-même ; le début du De corona militis en est une preuve. Tout le monde n'approuvait pas, dans l'Église, l'imprudence de ce soldat qui, après un esclandre qu'il avait provoqué au milieu d'une fête militaire, avait fini par être mis à mort comme révolté ; Tertullien le couvre de louanges et blâme énergiquement ceux qui ne pensent pas comme lui sur ce dangereux coup d'éclat \ Ailleurs, il attaque avec une extrême violence les Gnostiques et les Valentiniens, qui sont détracteurs du martyre; il veut les écraser du pied, comme on fait des scorpions, et il s'y emploie de toute sa vigueur dans ce Scorpiace, qui est un véritable chant de triomphe en l'honneur des martyrs \ Toutefois, et j'insiste encore sur ce point, Tertullien n'a point recherché le martyre ; ses ouvrages les plus audacieux ne s'adressent pas aux païens et n'en sont sans doute point lus ; les autres, plus modérés dans les termes, se renferment dans les limites que les Romains assignaient à la liberté de penser et d'écrire ' et c'est déjà l'indice que leur , auteur n'était peut-être pas aussi intransigeant qu'il voulait en î avoir l'air. J'en vois particulièrement la preuve dans ce fait qu'il a écrit des ouvrages pour la défense des chrétiens. Parlant en leur

Inom, il était bien obligé de tenir un peu compte de leurs idées moyennes, lesquelles n'étaient point ordinairement héroïques. La masse chrétienne n'était composée que d'hommes comme les autres et, si elle admettait que la persécution fît partie du plan impénétrable de Dieu, elle déplorait de voir l'Empire servir si bien les desseins du ciel. Telle est si évidemment la pensée de Tertullien apologiste, qu'il discute dans V Apologétique, dans VAd nationes,

1. Il se contente, dans Ad Scap., 5, de remarquer qu'il y a des chrétiens qui le font : il est vrai que ce n'est pas le moment de les approuver trop ouvertement.

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