Cyprien, Ep., LV
l66 CHAPITRE V
allait, et je lui ai fait savoir que J'étais chrétien, qu'il ne m'était pas possible de venir sacrifier aux autels du diable et Je lui ai demandé l'autorisation de ne pas faire ce qui ne m'est pas permis. « Certains chrétiens refusaient toute pitié à un tel homme ; ainsi faisait, par exemple, Novatien, dont la rigueur est d'un ancêtre des donatistes'. L'Église en fut effrayée et il fallut que saint Cyprien, s'clevant contre Novatien, proposât le compromis suivant : Dieu accorde le pardon à ceux qui font sincèrement pénitence et si l'évêque leur rend la paix et se trompe, le Juge suprême appréciera en dernier ressort quant le Jour sera venu.
Ainsi donc, si l'Église désapprouva toujours, et de toute nécessité, ceux qui se laissaient intimider au point de renier leur foi ou seulement de laisser dire qu'ils l'avaient reniée, elle fut aussi toujours obligée de leur garder une assez grande indulgence. N'eûtelle pas, en effet, trop éclairci les rangs de ses fidèles, si elle avait irrévocablement séparé d'elle tous ceux qui s'inspiraient de l'égoïsme humain plus que de l'héroïsme des confesseurs.
Sur la question de la fuite, les chrétiens se divisèrent après Tertullien, comme ils s'étaient déjà divisés de son temps. C'est que la constance dans la foi, comme la prudence, trouvaient, en dehors des arguments rationnels et humains, leur justification dans les textes évangéliques : « Quand ils vous persécuteront dans une ville, réfugiez-vous dans une autre, » disait Saint Mathieu ' ; « quiconque cherchera à sauver sa vie la perdra et quiconque la perdra la recouvrera, » répondait Saint Luc ^. Les uns soutiennent donc que la volonté de Dieu s'imposant invinciblement et toujours, l'homme n'a qu'à accepter les événements ; il lui est superflu de chercher à se dérober par la fuite à une destinée inévitable \ Les autres répondent qu'il est inutile de faire le Jeu du démon, de se laisser torturer par lui sans être assuré de le vaincre, qu'un chrétien peut être plus utile à ses frères et à la foi en fuyant qu'en faisant front à un danger mortel ; Dieu montre aussi sa puissance en favorisant une telle fuite, qu'il ordonne lui-même quelquefois. La crainte ne manquait point de rendre ce raisonnement irrésis-