Tolstoï, Lettre publiée dans le Temps du 3i octobre
2. Saint Ambroise dit encore que verser le sang d'un homme, c'est détruire l'œuvre de Dieu : Hexaemeron, VI, 8, 48; De Noe et Arca, XXV, gS. Une coutume caractéristique défend aux hommes portant des armes et aux femmes, quelles qu'elles soient, d'entrer dans la crypte de Saint Maximin : Le Blant, Sarcophages, p. 149 (iv^ siècle). — Les épithètes pacificus, amicits pacis, sont relevées par Le Blant sur trois inscriptions chrétiennes de la Gaule ; malheureusement elles sont en vers, ce qui, en l'espèce, leur ôte un peu de leur valeur documentaire : Le Blant, Ins. chrét., I, n"' 635, ôSy, 641.
3. Eusèbe, par exemple, ne craint pas de louer Constantin d'avoir acquis une gloire militaire supérieure à celle de Cyrus et à celle d'Alexandre : Eus., De vita Const., I, 7 et 8.
4. Aug., Ep., III, i38, 14 et 189, 4 ; il se fonde particulièrement sur Luc, III, 14.
admettra même que Dieu puisse inspirer une guerre et excuser ainsi d'avance la violation du précepte : « Tu ne tueras pas ' ». Le grand obstacle à l'entrée des chrétiens dans l'armée, c'était bien plutôt, aux yeux de l'Église, l'obligation imposée aux soldats de se plier à des pratiques païennes et au culte des dii militares, que la nécessité de verser le sang. Cet obstacle principal disparut avec le paganisme de l'Empereur, aussi les chrétiens ne refusèrent-ils point d'ordinaire de servir par les armes un prince fidèle; au besoin l'Église les y contraignit \
La tradition que soutenait Tertullien lui survécut cependant, mais elle s'affaiblit de plus en plus et ses fidèles s'éparpillèrent ; certains s'en tinrent à la doctrine, sans oser réclamer son application pratique. Ainsi Clément d'Alexandrie '' interdit aux chrétiens l'usage des instruments de musique parce qu'il remarque que, chez divers peuples, tous servent à la guerre. Mais, ailleurs, il envisage le cas d'un soldat surpris par la foi et il lui conseille de rester au service, d'exécuter les ordres justes que lui donnent ses chefs ". Origène proclame bien haut que le chrétien ne porte pas les armes et qu'il ne les porterait même pas si on essayait de l'y contraindre. Il ne combat que par ses prières, qui sont d'ailleurs un précieux secours pour l'Empire, car les guerres sont toujours suscitées par les démons \ Mais déjà Origène semble admettre au moins la guerre défensive '^^ en attendant que les barbares, devenus chrétiens, soient du même coup devenus doux et justes ". En revanche, Lactance maintient l'interdiction théorique dans toute son intégrité. Il y a lieu de croire pourtant qu'il ne se refusait pas, dans la pratique, à quelques concessions, au moins durant le temps où il instruisait le fils de Constantin \ Saint Jérôme, Saint Martin de Tours, Saint Paulin de Noie, semblent avoir pensé de même'';