Justin, / Apol
LE SERVICE MILITAIRE, LE SERVICE CIVIL ET l'iMPOT 2O7
Il n'avait garde de ne pas le proclamer : la question d'argent étant déjà pour l'État assez intéressante pour qu'on pût espérer de lui quelque considération quand on payait bien.
r Tertullien rapporte à son tour l'anecdote évangélique de la pièce 1 de monnaie ' et remarque que Saint Paul, après le Maître, a fait aux fidèles la recommandation d'acquitter scrupuleusement le vectigal et le tributiim \ Aussi n'hésite-t-il pas lui-même : l'image de César, qui est sur la pièce de monnaie, appartenant à César, comme l'homme, image de Dieu, appartient à Dieu ; le chrétien doit rendre à l'un comme à l'autre ce qui leur revient, à Dieu son âme et à César son argent, s'il le demande '\ Le chrétien paiera donc l'impôt et ne se plaindra jamais qu'il soit trop lourd ; il l'acquittera même avec une exactitude qui lui permettra de reprocher aux païens la mauvaise volonté et les tricheries qu'ils opposent à ce devoir nécessaire. Tertullien n'est pas fâché, en passant, d'accentuer une comparaison si favorable aux fidèles \
Je ne vois pas, d'ailleurs, que ceux-ci aient jamais, par la suite, fait d'opposition théorique à l'impôt. A peine pourrait-on supposer que le scrupule du mauvais emploi de l'argent chrétien troubla quelques consciences dans l'Église ; c'est seulement, je le répète, une supposition : je la fonderais sur la répétition, à diverses époques, du précepte : « Payez à César ce qui lui est dû ^ » ; mais peut-être, en le répétant, les Pères ont-ils simplement voulu mettre les fidèles en garde contre la tendance si humaine d'échapper à l'impôt et les forcer à conserver vis-à-vis de l'État la position excellente dans laquelle Jésus les avait mis; plus tard, ils se préoccupèrent d'assurer à l'État chrétien le revenu indispensable.
VIII. — Ainsi Tertullien pense que le chrétien ne doit à l'Empire, ni son cœur, qui ne se partage pas, ni son sang qui appartient à Dieu, ni sa peine que son salut réclame toute : il ne lui doit que son argent. Quand Tertullien parle de rendre à César ce qui est â César, il n'entend que le denarium ^ C'est peu et il ne l'ignore pas; c'est pourquoi il condescend à y joindre quelques services rares et précieux que le chrétien seul est en état de rendre aux puissances séculières : il prie pour que Dieu répande sa grâce sur l'Empereur et sur l'Empire ; il prie pour apaiser les justes