LE SERVICE MILITAIRE, LE SERVICE CIVIL ET L IMPOT
formes à l'idéal du premier christianisme. Au temps de Tertullien, elles trouvaient quelque écho chez ceux des fidèles qui gardaient dans la vie la plus complète conscience de leur foi et la soutenaient avec le plus de courage. Elles n'étaient pas pour plaire aux hommes prudents et politiques qui firent rÉglise, mais elles devaient attirer l'attention du gouvernement et des païens réfléchis : l'ouvrage de Celse, qu'Origène prit la peine de réfuter, suflirait à établir que l'impression que l'un et les autres en ressentirent fut durable et profonde. Il me paraît évident que le type du chrétien tel qu'il fut, pour ainsi dire, officiellement imaginé par les païens du 11^ et du iii^ siècle, fut conforme à celui que nous représentent les œuvres de Tertullien et les Actes des martyrs. Le contraire serait surprenant, car ce ne sont jamais ceux qui ne disent rien qui sont entendus et les chrétiens qui étaient décidés aux concessions avaient soin d'abord de se taire. Aussi les païens, contemporains de Sévère, eussent sans doute volontiers conclu comme jadis Celse : « Si tout le monde faisait comme vous, rien n'empêcherait que l'Empereur ne demeurât tout seul et sans aide et que la terre entière ne devînt la proie des barbares les moins policés et les plus grossiers '. » Aux yeux d'un homme comme Celse, Tertullien avait une âme d'anarchiste et nous-mêmes, en lui voyant aux lèvres la menace de quelque vaste incendie nocturne •'', nous ne pouvons nous défendre d'un rapprochement entre lui et les révoltés de nos jours, qui se révèlent de temps à autre par les terribles éclats de leur propagande « par le fait ». Il représente dans l'Eglise une tendance qui l'aurait tuée si elle y avait persisté, parce qu'à force de vouloir la détacher de la terre, elle l'en aurait complètement arrachée. Cette tendance était cependant trop d'accord avec le véritable esprit du christianisme pour disparaître tout à fait : aussi subsista-t-elle, mais, de bonne heure, elle ne se manifesta plus dans l'Église que sous la forme d'exceptions personnelles. Or, les vocations particulières, qui mènent au martyre ou au cloître, sont d'autant plus édifiantes qu'elles semblent plus difficiles à suivre, plus au-dessus de l'âme du commun des fidèles. L'Eglise les entoura toujours d'une considération particulière, dans laquelle il faut chercher une des origines du culte des saints; mais elle en usa en réalité comme d'une porte de sûreté, qui permit aux privilégiés de la foi de sortir du monde sans scandaliser ceux qui demeuraient. Les situations exceptionnelles, que ces vocations créent, se justifient d'ailleurs parfaitement par cette doctrine que la grâce est aux mains