ApoL
de Dieu et qu'il la répand avec plus ou moins d'abondance sur la tête de ses serviteurs; tous ne sont point également saints ici-bas; mais tous, dans les diverses conditions qu'ils y rencontrent, peuvent faire leur salut. Tertullien ne le croyait pas : l'Église l'affirma et c'est pourquoi l'Église vécut et devint une grande puissance séculière.
L'opposition est nécessaire entre l'Empire, qui veut vivre et Tertullien, qui ne veut à aucun prix être distrait de son salut. — Un compromis s'établira plus tard ; mais le christianisme véritable en fera les frais.
En somme, Tertullien admet qu'il existe en ce monde deux républiques : Tune, la spirituelle, tient au ciel par son origine et ses lois, l'autre, la temporelle, l'Empire, divine aussi par son origine, est purement terrestre par sa législation. Vivant dans l'Empire romain, il ne parle que du gouvernement romain ; il serait Parthe qu'il parlerait exactement dans les mômes termes du gouvernement de Parthie. L'Empire est — tel qu'il est — nécessaire à l'existence du monde, parce qu'il entre dans les desseins de Dieu qu'il en soit ainsi; Tertullien ne nous donne pas, et peutêtre ne se donne pas, d'autre raison pour expliquer un tel phénomène. Mais il arrive que les lois fondamentales de l'Empire sont en contradiction avec celles de la république céleste : celle-ci étant de beaucoup la plus élevée en dignité, le chrétien ne doit pas hésiter : il obéit aux lois divines, tout en protestant de son respect pour les autres et sans, d'ailleurs, chercher pourquoi Dieu maintient dans le monde des obligations si incompatibles. Tertullien conçoit très bien que ce monde soit gouverné, selon la volonté de Dieu, par une société de réprouvés, auxquels les chrétiens ne doivent pas se mêler, mais près desquels ils peuvent vivre, en s'efforçant d'entraver les efforts des démons qui possèdent les païens : le bien commun dépend du succès de cette lutte entre la foi et l'enfer. Les fidèles ne contribueront à la vie de l'Empire que de leur argent, de leur prière et de la puissance de la grâce divine qui est en eux. Sans doute — on a eu raison de le remarquer ' — le christianisme ainsi compris, selon sa véritable logique et sa signification réelle, détruit l'État ; mais, cette conclusion, Tertullien ne la tire pas effectivement de sa doctrine, parce qu'il