Voyez V Introduction
5. M. Monceaux, Les Africains (not. pp. 4 et suiv.), insiste sur roriginalité du génie africain et sur l'imperfection de l'assimilation romaine de l'Afrique ; il ressort de son livre que les provinces d'Afrique, à part la bordure littorale, demeurèrent réfractaires, non seulement au patriotisme romain, mais encore à la soumission véritable : << A toutes les époques... ce que nous trouvons ici, c'est la guerre, le mauvais vouloir et un esprit d'opposition qui entraîne par/ois jusqu'aux colons » (p. 21). Cet état d'esprit et de choses suppose nécessairement des tendances séparatistes et, en effet, M. M. note, d'après Trebellius Pollio, qu'en 265, les partisans de ce Cclsus qui essaya de se faire empereur en Afrique, lui jetèrent sur les épaules, non pas le grand manteau de pourpre, emblème ordinaire de la dignité impériale romaine, mais bien le voile de Tanit (p. 348). Maintenant la tendance séparatiste, dont je vois dans cet incident la marque certaine, est-elle traditionnelle ou spontanée? C'est une autre question : elle peut se rattacher au vieux patriotisme punique, mais elle peut être simplement l'alîirmation, au milieu du désordre général, du désir qu'a l'Afrique de se faire une vie à part tiaus l'ordre et la paix ; clic peut plus simplement marquer que les Africains sont alors très contents d'eux-mêmes M. Boissier dans L'Afrique romaine (not. le chap. intitulé : La conquête des indigènes et la Conclusion), se montre très husiile à la thèse de M. M. : il ne croit pas à la profondeur de
encore en Afrique, à l'époque de Tertullien, un fort esprit provincial ', entretenu par une prospérité considérable, de grands souvenirs et bientôt une Église florissante : c'est plus qu'il n'en faut pour susciter, sinon des idées absolument séparatistes, au moins des idées particularistes, qui, de fait, semblent s'être produites quelquefois \ Nous n'en voyons, il est vrai, aucune trace dans les écrits de Tertullien ; à peine y trouvons-nous, en une ligne, une discrète allusion à l'antique gloire de Carthage ; encore est-il possible que la phrase soit ironique \ L'Empire est; le chrétien n'a pas à se demander s'il a humainement le droit d'être ; il n'a qu'à accepter sans murmure la volonté de Dieu qui l'a fondé, et à humilier en silence devant elle ses préférences, s'il en a. Rien ne nous autorise à croire que Tertullien en ait eu. Sa mauvaise volonté à l'endroit des traditions de la vieille Rome ne paraît pas l'indice d'un esprit particulariste, non plus que la comparaison qu'il fait entre la lâcheté d'Énée fuyant l'incendie de sa patrie et le courage de la Carthaginoise se précipitant dans les flammes qui consument la sienne ". Je ne vois en tout cela que l'indice des préoccupations exclusivement morales et religieuses du chrétien; le Capitole n'a pas besoin d'être opposé à Byrsa pour être condamnable, il suffit encore une fois, qu'il soit la curie des dieux \
Tertullien ne nie pas non plus l'éternité de l'Empire, il l'admet dans la mesure où sa foi lui permet de croire à l'éternité des choses créées *^ ; l'Empire doit donc durer autant que le
l'originalité africaine et il affirme, en revanche, la solidité de la romanisation africaine. Tout considéré et en renvoyant, pour le détail des arguments de chacun, aux deux ouvrages cités^ j'admets que M. M. ait un peu exagéré, qu'il ait, par exemple, un peu artificiellement établi les cadres de l'esprit africain et qu'il ait parfois grossi de simples échauffourées, il n'en demeure pas moins vrai que le, fonds de la population africaine a gardé sa langue, c'est-à-dire sa manière de raisonner et que cette circonstance seule suffit pour maintenir une distinction, sinon une antipathie, entre les vainqueurs et les vaincus, quand même ils ne seraient point immédiatement séparés par des différences de race et de religion, comme le veut M. B.
1. Voy. dans Apulée, Flor., IV, 20, l'éloge de Carthage... provinciae nostrae magistra venerabilis, Carthago Africae musa caelestis, Carthago camaena togatorum. Il prouve au moins, comme Flor., IV, i, une vie locale très intense; Apulée n'insiste que sur ses formes romaines, mais rien ne prouve qu'elle n'en revête pas d'autres.