Réville, op. cit., pp. i3o et s
9. Clém. Alex., Disc, aux Gent., X, 91, nous décrit les macérations des piétistes païens et conclut, d'une manière assez inattendue, que tout cela prouve simplement que les temples des idoles ont été primitivement des tombeaux ou des prisons : Totcpoui; Tivàç ^ ôeafjLojxTipia.
10. Sénèque, Controv., I, 111,79, '-^^^ P^^ Havet, op. cit., II, p. i63.
la divinité dans les affaires humaines '. Chacun croit à ses propres miracles et même à ceux des autres, seulement, rapportant à la divinité bienveillante les prodiges qu'il prétend provoquer, chacun attribue aux divinités malveillantes tous ceux dont se vantent ses rivaux \ Cette superstition générale a une immédiate conséquence : qui croit aux miracles croit aux moyens de les provoquer, c'est pourquoi jamais arts magiques et sciences occultes n'ont eu tant de dévots et tant d'adeptes ''. Tous, et sous toutes leurs formes, sont cultivés; si les supercheries des charlatans de carrefour ne doivent séduire que les hommes grossiers, les artifices plus relevés et peutêtre sincères de tel ou tel mage, impressionnent jusqu'aux esprits sérieux, A des degrés divers, tout le monde — ou à peu près — croit à la domination du miracle sur la nature, depuis l'obscur admirateur d'Alexandre d'Abonotique, jusqu'à Plotin, en passant par Plutarque '. On ne saurait s'imaginer quelle place la divination ■', la magie et la sorcellerie tiennent dans les préoccupations
1. Je n'ai pas besoin d'insister sur la foi chrétienne au miracle; sur la foi païenne, voy. partie. Apulée, Metam.^ XI, qui met dans la bouche du prêtre d'Isis, sous les yeux duquel un miracle de la déesse vient de s'accomplir, cette phrase toute chrétienne: Videant irrcligiosi; videantet errorem suam recognoscant. Un peu plus bas, le héros du roman, Lucius, faisant allusion aux mystères d'Isis auxquels il est initié, ajoute : Igitur audi : sed crede quac vera sunt.
2. C'est le perpétuel argument chrétien; voy. particul. : Justin, Dial. c Trjrph., 85 et io5; Tertul., ApoL, 35 ; Orig., C. Celse, I, 24; I, Sg; V, 45 ; VI, 41 ; VIII, 68; Lact., List. div.. H, 16, i; August., De civ. Dei, XVIil, 53, 2; Confess., IV, 2, 3. — Les Philosoplutmena, IV, en entier, contiennent une curieuse cnumération des diverses espèces de magiciens et astrologues, donnent quelques renseignements sommaires sur leurs procédés et s'efforcent de démontrer l'inanité de leur science; cet effort, à lui seul, est déjà caractéristique. — Au reste, les païens retournent souvent contre les chrétiens l'accusation de faire appel aux arts maudits pour accomplir leurs miracles : U Evangile de Nicodcme nous montre les Juifs préoccupés de persuader à Pilate que Jésus est un magicien : Orig. C. Celse, I, 6; VII, 67, est l'écho d'imputations païennes analogues; S. Augustin, De conseusii Evangelistarnm, I, 9, 14 ; X, i5-i6, nous dit même que les païens croyaient que Jésus avait composé des livres de magie et, en effet, selon Cçlse, le Christ était un magicien, qui avait appris les sciences occultes en Egypte. (Orig., C. Celse, I, 46.) — Les Actes des Martyrs nous prouvent que la réputation du Maître, à ce point de vue, s'étendait à tous ses fidèles; je me contente de quelques exemples : Pass. SS. Perpet. Felic, etc., XVI (Ruinart; : on craint que les chrétiens ne s'échappent de prison par quelque sortilège; Acta S. Achatii, V (Ruinart) : le consiilaris accuse les inculpés d'être magi; dans la Passio SS. Firmi et Rustici, II (Ruinarl , le peuple crie : toile magos, toile malericos !
3. Réville, op. cit., pp. i38 et s.; Marquardt, Culte, 1, pp. 1 1 1 cl s. ; Duruy, Hist. des Rom.. VI, p. 86; Renan, 6". Paul, p. 25; Antéchrist, p. 28; Monceaux, Les Africains, p. 147; Boissier, L'Afrique rom., p. i 58 ; — Philostr., ApolL, VII, 39; Tert., Apol., 35.
4. Réville, op. cit., pp. i3o et s.; Apulée, passim, not. Métani., I cl 11; Suet., Claude, 3y.
5. Voy. Bouché-Leclercq, Jiist. de la divination, t. IV, Paris, 1879 ; du même, L'astrologie dans le monde romain, Rev. Iiist., nov:.-déc., 1897.
des hommes de ce temps ' : ils croient en elle et ils en ont peur ^ ; ils y vont puiser l'explication de tout ce qu'ils ne comprennent pas autour d'eux, ils lui demandent l'accomplissement de leurs désirs ■'; ils se jettent réciproquement à la tête l'accusation de tremper ' dans ses pratiques et l'épouvante, que les redoutables secrets leur causent, court de l'Empereur^ à l'esclave qui va consulter le mathcmaticiis des bas quartiers*^. Il est très rare que nous rencontrions une négation nette de la puissance de la magie, surtout chez ceux qui la combattent le plus énergiquement '.
Ces pratiques, qui nous semblent si puériles, nous révèlent pourtant un sentiment sérieux; les hommes croient aux miracles et à la puissance des charmes magiques, parce qu'ils sont profondément
1. Voyez, parmi les écrits chrétiens particulièrement caractéristiques à ce point^ de vue, les apocryphes évangéliques, notamment V Evangile de Venfcince et VÉvangile de Thomas l'Israélite.
2. Les hommes les plus sérieux s'y laissent prendre . Lucien, Alex., 48, sur la tolérance de M.-Aurèle pour cet Alexandre d'Abonotiquc ; voyez également: Spartien, Sev., 3, 8 et s. ; Lampride, Alex., 4, sur Septime et Alexandre Sévère.