‹ TertullienChapitre 227 sur 561 · Tert., ApoL, 6 : Ad nat., I, 10; II · texte numérisé non relu

Tert., ApoL, 6 : Ad nat., I, 10; II

5. Apulée, Metam., XI, nous décrivant une cérémonie isiaque, nous dit qu'un prêtre, velut in concionem vocato indidem de sublimi suggestu, de libro, de lilteris fausta vota praefatus : principi magno, senatuique et equiti. totoque romann populo. — Cela est écrit et lu; cela fait donc absolument partie du rituel, comme le Domine salvam fac rempublicam, qui se chante aujourd'hui à la fin de la messe catholique. D'assez nombreuses inscriptions attestent d'ailleurs cette précaution des divers cultes orientaux; voyez partie. C. I. L., III, n" 4560, inscrip. de Vienne (Autriche) : LO-M SARAPIDl -PRO" SALVTE •LMP- L- SEPT- SEVERI PIL PERTINAC -AVG- ARABICI -ADIABEN- PARTHICI -MAXIMl- ET -IMPM- AVRELl ANTONINI -AVG- etc.: VI, 410, 419, 738, sont de la même époque et analogues.

III. — Cependant trois espèces d'hommes, dans l'Empire, demeuraient en dehors de ce syncrétisme conciliant; c'étaient les sceptiques, les juifs et les chrétiens.

Selon toute apparence, les sceptiques absolus n'étaient pas assez nombreux, au moins ceux dont le scepticisme était fondé sur la raison ', pour que leur exemple fût efficace. La philosophie, de plus en plus imprégnée de religiosité, inclinait plutôt à admettre toutes les religions qu'à en nier aucune "; c'est pourquoi il se rencontrait plus de blasés que de vrais sceptiques. Et ceux-là même pouvaient encore être plus ou moins touchés par la pompe des cérémonies du culte et par les mystères, ainsi que le sont, de nos jours, d'aimables viveurs qui assistent à une prise de voile ou à une première communion. En tous cas, sceptiques et blasés étaient, de leur nature, indifférents, et ils l'étaient plus aisément qu'aujourd'hui, parce qu'il était bien plus facile de tolérer des pratiques que de supporter des dogmes précis. De plus, la tolérance courante laissait le champ libre à toutes les polémiques théoriques, ce qui les restreignait tout naturellement. Un fidèle d'Isis trouvait devant ses pas beaucoup d'hommes qu'il considérait probablement comme des sacrilèges ; mais cela ne tirait pratiquement guère plus à conséquence que ne le font de nos jours les différences d'opinions politiques entre individus. Quand l'État et ses sacra étaient en jeu, sceptiques et blasés s'inclinaient avec respect, comme devant une formalité légale et toute hors de la conscience \ La seule intolérance chrétienne éveillera de vraies polémiques, car le libre penseur antique ne dispute pas; il se moque à part lui des cérémonies qu'il salue en public ; on imagine parfaitement Lucien assistant à un sacrifice avec beaucoup de gravité. L'Etat et la société ne demandaient pas davantage.

L'attitude des Juifs était autre; ils niaient toute religion qui n'était pas la leur, et ils refusaient de s'incliner devant les sacra de l'État, ils étaient, de ce chef, connus et méprisés depuis longtemps'; mais la religion romaine, qui n'aurait sans doute pas

1. Clém. Alex., Strom., VII, i5, 92, les nomme les ôo^ôaosoc; il convient de leur adjoindre, sans doute, les Epicuriens.

2. Max. de Tyr, Diss., VIII, 10, ap. Aube, Persec. de l'Église, p. 80.

3. Tatien, Adv. Graecos, 27, dit que les pai'ens laissaient courir une foule d'écrits philosophiques nettement antireligieux, mais il avoue qu'Epicure, par exemple, tout en méprisant les dieux, a rempli en leur nom un emploi sacré. Ce menu fait suffit à expliquer bien des tolérances.

4. Renan, Apôtres, p. 35o ; Celse (Orig., C. Celse, IV, 3i), déclare que les Juifs sont des esclaves fugitifs échappés d'Egypte; ils ne se sont jamais signalés d'aucune manière et sont méprisés de tout le monde. En 19, Tibère en a envoyé 4,000 en Sardaigne, en compagnie des sectateurs des dieux orientaux ;

répugné à admettre le dieu juif à côté des autres, s'il n'y avait été si récalcitrant, savait le respecter comme les autres. Les Juifs avaient donc obtenu de véritables chartes qui, en les dispensant des obligations religieuses des autres sujets de Rome, leur rendaient la vie possible au milieu de la société romaine '. On les considérait comme gens en proie à une superstition singulière ', et on les tolérait certes plus qu'ils ne toléraient autrui ^ ; les tracasseries de Domitien semblent bien n'avoir eu qu'un caractère fiscal \ et les rigueurs dont les Juifs furent plusieurs fois frappés à Rome même, n'eurent que la portée d'une mesure de police prise pour cause de désordre •'. Il est très rare que nous les voyions compromis dans des affaires analogues à celles qui atteignirent si souvent les chrétiens ; encore fut-ce toujours ou par une exception et un oubli illégal de leurs privilèges, ou en raison de quelque provocation particulière. Normalement, leur abstention, sévèrement jugée, était admise parce qu'elle était légale. Elle l'était aussi parce que l'esprit du judaïsme ne le poussait pas d'ordinaire à la propagande. En général, les Juifs ne désiraient en aucune manière que le monde entier leur ressemblât. Israël avait particulièrement l'orgueil de son isolement et la jalousie de son privilège '^; il supportait de son mieux les épreuves si dures que Dieu lui imposait en se retirant de lui, mais il avait l'espoir que le Seigneur prendrait pitié de son peuple et lui 'rendraient sa splendeur '; il ne tenait en aucune façon à faire partager son triomphe à ceux qui étaient nés infidèles ■\ Il en résultait que les Juifs rigides gardaient une extrême défiance à l'égard des

Tacite, qui nous relate le fait {A)in., II, 43), conclut : si ob gravitatem caeli interissent, vile damnum.

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