‹ TertullienChapitre 226 sur 561 · Réville, op. cit., pp. ibg et s · texte numérisé non relu

Réville, op. cit., pp. ibg et s

semble absolue à la fin du ii^ siècle. L'exemple d'Alexandre d'Abonotique ', dont les turlupinades sont presque encouragées par le gouvernement, en est, à lui seul, une preuve suffisante '\ A peine voyons-nous la police interdire les rites qui comportent des sacrifices humains et les pratiques magiques. Cette attitude de l'État est facile à comprendre : il y avait à Rome des rites officiels et pas de véritable religion d'État '. Pourvu qu'un culte ne troublât pas l'ordre, et les Romains étaient sans doute, à ce point de vue, moins difficiles que nous; pourvu qu'il manifestât à l'égard des sacj-a publics une déférence suffisante, rien ne s'opposait à ce qu'il fût, non seulement toléré, mais encore très considéré. Les Romains avaient, tout d'abord, marqué une assez grande répugnance pour les superstitions étrangères, mais ce n'était point par intolérance, c'était par mépris ou crainte de rites dont le sens leur échappait. Ces superstitions s'étaient tout de même enracinées dans le sol latin et la Rome du 11® siècle était aussi cosmopolite par ses dieux que par ses habitants ''. Les religions qui se différenciaient nettement de la religion officielle prenaient d'ailleurs deux précautions nécessaires mais suffisantes : elles affirmaient hautement leur respect pour l'État ^ et elles ne prétendaient point à l'exclusivisme absolu. Un sectateur d'Isis ou de Mithra pouvait, sans sacrilège, assister à un sacrifice en l'honneur de Vénus ou de Jupiter. La bienveillance de tel ou tel prince assurait quelquefois, et pour quelque temps, la première place à un dieu particulier, même à un dieu assez ignoré : le Baal d'Emèse, par exemple, qui eut son heure de gloire sous Élagabal ; mais, d'ordinaire, les dieux et leurs prêtres vivaient en accord vague et néanmoins parfait avec l'État, et entre eux, sous l'autorité de l'État.

1. Sur ce personnage, voy. Fr. Cumont, Alex. d'AbonoticIios, dans Mém. de l'Acad. roy. de Belgique, t. XL.

2. Lucien, Alex., passim ; Renan, S. Paul, p. 25 et n. ; Egl. chret., pp. 49 et s. — Athén., Leg., i, sous Marc-Aurèlc, affirme très hautement cette liberté et cette tolérance qui, dit-il, n'exclut que les chrétiens.

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