‹ TertullienChapitre 260 sur 561 · Voy. sur ce point V Appendice I · texte numérisé non relu

Voy. sur ce point V Appendice I

6. Galatcs^ III, 28; Apol., 39; De idol., 17. Le christianisme n'est pas seul à avoir ces tendances au 111° siècle; c'est la commune inspiration de la plupart des cultes : Rcville, Relig. à Rome, p. 162.

palinodies ', et ils se complaisaient dans leur propre argumentation triomphante. Dès les premiers apologistes, les idées essentielles de cette polémique sont posées et ne varient plus \ Non seulement, disent les chrétiens, les dieux sont hors d'état de représenter la morale divine, mais ils ne sont même pas dignes de la morale humaine la plus relâchée. Il leur serait impossible de vivre sur terre comme ils ont vécu dans le ciel. Celui qui les imiterait tomberait sous le coup des lois les plus terribles, encore que les lois ne soient guère logiques en frappant l'adultère, le pédéraste, le débauché sans retenue, qui ne font pas pire que Jupiter ^ Tous les criminels ne sont, en effet, que des collègues des dieux, et Tertullien s'étonne qu'on les condamne '. Clément d'Alexandrie affirme que si les païens tiennent tant à leur religion, c'est qu'elle flatte et encourage leurs vices '" ; comment supposer qu'on trouve en elle un guide moral ? Lactance reprend la question de plus haut et d'une

1. l^act., Inst. div., I, 21, 41, consent à laisser de coté les fables des poètes, encore qu'il les juge moralement très dangereuses (I, 21, 49), et il renvoie aux ouvrages proprement religieux (pontificum ipsorum scripta); il pense qu'on concluerait de leur examen à l'ineptie folle de toutes les croyances païennes. Il semble bien, d'ailleurs, qu'il n'ait pas lu les livres dont il parle : plura fortasse quam nos adferimus inveniet...

2. Il faut, d'ailleurs, remarquer qu'en l'espèce les chrétiens n'avaient guère qu'à puiser dans la polémique païenne antérieure; voy. : Lucien, Assemblée des Dieux, sur Pan, Silène et Bacchus; LAne, 35 et s., sur les prêtres errants de la Bonne Déesse; Jupiter confondu, noie 16, sur l'impuissance manifeste des dieux ; Ménippe, 3 et s., sur l'indignité de la conduite des dieux par rapport à la morale humaine ; Les Dial. des Dieux, entier, où les dieux sont traités avec une irrévérence extrême; Pvométliée, 16, sur les vices des dieux, égaux à ceux des hommes. Apulée, Metam., VIII, sur les prêtres de la déesse syrienne, etc.

3. Voy. particulièrement, entre des textes très nombreux : Justin, Cohovt. ad Graec, 2; 4; Tcrt., Apol., 11 ; dans le fragment (douteux) intitulé De exsecrandis gentium diis, nous trouvons l'énumération des lois sous lesquelles tomberait Jupiter s'il était homme : patrem armis pulsavit : lex Falcidia et Sempronia... et sorores corrupit : lex Papinia... connubia aliéna invasit : lex lulia... pueros ingenuos attaminavit : lex Cornelia... ; M. Félix, Octav., 25; Commodien se distingue particulièrement dans cette polémique : dans ses Instructiones, il consacre un acrostiche à chacun des principaux dieux : Saturne (I, iv); Jupiter (I, v); Mercure (I, ix); Neptune (I, x) Apollo (I, xi); Liber pater Bacchus (I, xii); Invictus (I, xiii) ; Hercule (1, xv). Il conclut, Instruc, I, xvu, 16 :

Monstra Deo iste fincta sunt per vinivoraces, Audacia quorum damnabilis numina fingit.

Clém. Alex., Disc, aux Gent., IV, 49, sur Antinous; Arnobe, Adv. nat., \\ , 7, sur la Venus militaris : IV, 22 et 23, sur Jupiter... Salax deus; Lact., Inst. div., I, 9 et s.; I, 10, 10 : nisi forte nos erramus homines, qui talia facentes scelcratos vocamus, ac perditos, omnibusqus poenis dignissimos iudicamus; August., De civ. Dei, II, 8; II, 10; VII, 26; F. Maternus, De errore prof, relig. , i o ; 1 1 ; 1 2 .

4. Apol., II : Quid ergo damnatis quorum collegas adoratis? Sugillatio est in cœlo vestra iusticia.

5. Clém. Alex., Disc, aux Gent., IV, 61; Lact., Jnst. div., 11,6, 2 et s.

manière certainement plus intéressante. La religion païenne, dit-il, n'a point de valeur morale parce que ce n'est point une religion ; elle n'a de solidité ni dans ses origines, ni dans sa raison d'être, ni dans ses fondements, ni dans sa substance; elle n'est rien qu'une superstition, à laquelle l'homme ne peut fortement s'attacher; elle est faite de rites qui n'intéressent que les doigts; elle admet à ses cérémonies, des courtisanes, des gladiateurs, des voleurs, qui ne peuvent que demander aux dieux de réussir dans leurs crimes '. Les cérémonies elles-mêmes sont des écoles d'immoralité; il est impossible de tolérer, quand on n'est pas inepte, l'indécence de la tenue qui y est de rigueur ^ Une telle religion ne saurait même pas rendre raison de sa propre existence ■'. Sans doute, on a vu des philosophes être en même temps prêtres, mais ces deux offices, réunis en une même personne, ne se sont jamais confondus et ont toujours été remplis séparément ''. Saint Augustin précisera, fortifiera les objections chrétiennes, il n'en inventera pas de nouvelles. Toutefois, sous sa plume, elles prennent une ampleur vraiment sociale. Son argumentation tourne autour de quelques idées très fortes et très simples. Les dieux païens, dit-il, n'ont rien fait pour rendre leurs fidèles moralement meilleurs; ils n'ont laissé aucune prescription qui agisse dans ce sens; au contraire, leur culte donne le spectacle de toutes les turpitudes ^; les cérémonies qui prétendent honorer la Mère des dieux, par exemple, sont telles qu'un honnête homme n'en voudrait point de semblables pour sa mère ^ Il ne s'agit pas de répondre qu'au-dessus de ces rites symboliques, il y a des doctrines secrètes très pures; elles sont réservées à quelques initiés ; où est le grand enseignement moral pour le peuple '? Nulle part dans le paganisme. En revanche, l'enseignement immoral y estîpartout : dans le culte, au théâtre, où s'étalent, en l'honneur des dieux, toutes les vilenies qu'on leur prête \ Il importe peu de savoir si ces actions honteuses sont vraies ou non, il suffit

i.Lact., Inst. div., V, 19, 29 : Quae est enim superstitio illorum deorum ? Quae vis? Quae disciplina ? Quae orii;o? Quae ratio? Quod t'undamciitum ? Quae substantia?. . . nihil aliut video quain ritum ad solos digitos pertinentem.

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