‹ TertullienChapitre 262 sur 561 · Aug., De av. Dei, II · texte numérisé non relu

Aug., De av. Dei, II

qu'on les représente pour qu'elles aient une détestable influence '. La philosophie, dont l'œuvre, enfantée par quelques esprits d'élite, n'a d'ailleurs rien de commun avec la religion païenne, n'a jamais pu arrêter le torrent d'immoralité; elle y a usé ses efforts. Que pouvait un conseil de Platon contre l'exemple de Jupiter'? Ces remarques sont assurément solides, et on peut soutenir que les esprits élevés qui honorent le paganisme, un Apollonius ou un Alexandre Sévère, ne lui devaient réellement pas grand chose, et n'étaient même moralement si grands que parce qu'ils s'étaient séparés de lui, tout en croyant vivre en lui.

IV. — En définitive, à l'époque de TertuUien, il y avait dans le monde antique une inquiétude des âmes très profonde et des aspirations religieuses très sincères ; en cherchant satisfaction, elles se trouvaient en présence de deux conceptions religieuses différentes, qui entraînaient à leur suite des conceptions morales et sociales également différentes. Cette conséquence était inévitable, puisque, aussi bien, nous avons montré que l'État, comme la société, reposaient sur un fondement religieux.

L'une de ces conceptions, celle du commun des hommes, était dépourvue de métaphysique; elle manquait un peu de cohérence et n'était pas exigeante sur les dogmes ; elle admettait une religion faite, sans critique, d'un assemblage de croyances, de symboles, surtout de pratiques, différents par leur origine et leur portée ; elle s'interdisait de trop chercher et trouvait la quiétude dans le nombre de ses dieux et de ses rites. Mais elle éparpillait son idéal et son désir de croire sur tant de personnes divines qu'elle n'en pouvait vraiment préciser aucune. Elle gardait la place d'honneur, sinon dans la conscience, au moins dans la pratique publique, à une religion d'État nullement tyrannique et très accueillante pour ses voisines, mais à laquelle la dévotion s'imposait comme un devoir de patriotisme. Cette conception syncrétiste avait le caractère confus, médiocre et extérieur qui convient à la grande masse des hommes.

L'autre, en face, était celle des hommes qui répugnaient, d'une manière plus ou moins consciente, à la multiplication des dieux et à leur promiscuité inextricable ; celle des hommes qui aspiraient au monothéisme sous une forme quelconque. Les uns s'adonnaient aux religions de l'Orient qui, toutes, au moins par la doctrine qu'enfermaient leurs mystères, évoluaient en effet vers le mono-

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