‹ TertullienChapitre 263 sur 561 · Aug., De civ. Dei, II · texte numérisé non relu

Aug., De civ. Dei, II

théisme ; les autres allaient au christianisme. Il y avait certainement, au point de vue des aspirations qu'ils prétendaient contenter, au point de vue religieux, au sens le plus absolu du mot, de grands rapports entre le christianisme et ces religions de l'Orient ' : il était, lui aussi, une religion de l'Orient ; il était, lui aussi, mystérieux pour l'infidèle. Mais il présentait, par rapport à elles, une grosse différence entre plusieurs autres : alors que chacune d'elles tolérait ses voisines, parce qu'elle les absorbait réellement toutes, soit en mettant son dieu au-dessus de tous les autres, soit en le donnant comme l'expression parfaite du divin éparpillé dans tous les autres, le christianisme, lui, les excluait toutes, en les considérant du haut de l'éternelle vérité, comme une part de l'éternelle erreur et de l'éternel mal. Si donc on concevait que les rapports entre une des religions de l'Orient et les autres fussent réglés par une tolérance fondée sur la politesse, sur une identité foncière de nature, que des nuances masquaient à peine, enfin, sur la condescendance de celui qui sait pour celui qui ignore, il n'en allait plus de même quand il s'agissait de ces religions et du christianisme; entre elles et lui, c'était nécessairement la guerre sans trêve ni merci. Les documents hagiographiques nous montrent, en effet, que souvent les prêtres païens prennent l'initiative des persécutions locales contre les chrétiens, et, de son côté, le christianisme, qui usait déjà, avant le triomphe, de toutes les violences de langage, saura également recourir aux autres quand il sera vainqueur.

Les païens simples d'esprit et de foi prenaient les choses comme elles venaient, et il est clair que leur morale n'était point farouche, non plus que le culte païen, et surtout celui des divinités orientales, n'était, à ne s'en tenir qu'aux apparences, très moralisateur. Les initiés, les païens qui avaient pénétré les doctrines cachées possédaient, à n'en pas douter, un idéal moral beaucoup plus élevé que celui du commun des fidèles ; nous avons même vu que certaines sectes versaient dans l'ascétisme ; mais, outre que cette dernière tendance demeurait toute personnelle et se limitait vraisemblablement à un très petit nombre d'individus, les cultes et les rites qui recouvraient l'enseignement des mystères demeuraient avant tout brillants ; plusieurs même, sous des formes diverses, célébraient la vie, l'éternelle puissance de recommencement, qui peuple la terre et y fait aimer.

Pris dans son ensemble, le paganisme donnait certainement

I. TertuUicn signale quelques rapprochements entre les rites du mithracisme et ceux du Christianisme {De pracscr. Iiaer., 40, De cor., i5). Firm. Maternus en signale un plus grand nombre ; voy. De errore prof, relig., 14 ; 20 ; 21 ; 23 ;

l'impression d'une religion d'iiommes qui veulent jouir et vivre, d'une religion extérieure et gaie, de par son éclat et son mouvement, jusque dans ses cérémonies funèbres. C'est ainsi que la voyaient certainement les chrétiens, et la conception qu'ils avaient de la morale et de la vie les opposait aussi complètement que possible aux païens. La religion de Tertullien est celle des hommes qui vivent entièrement pour l'au-delà et qui, ne demandant qu'à quitter le plus tôt possible cette vallée de larmes \ se préparent à en sortir à leur avantage ; c'est une religion faite de morale sévère et d'austérités; elle est toute intérieure \ Elle n'est pas un accessoire plus ou moins utile de la vie; elle est la raison d'être, l'occupation principale de la vie; plus même, le principe et la fin de la vie ■'. Elle est la vérité absolue et unique ''. Réclamant pour ellemême la tolérance ■' et déjà la domination absolue des âmes qu'elle a conquises '^, elle ne tolère personne ' et menace ceux qui ne sont pas siens de la colère terrible de Dieu ^ Une telle foi suppose la propagande et les chrétiens s'y livrent, en effet, avec ardeur, ne fût-ce qu'en répandant leurs sinistres prédictions, ainsi que le fait Tertullien, pour prévenir les païens du danger qu'ils courent en persistant dans leur erreur ■',

Le christianisme est bien, au fond, un phénomène social conforme à l'esprit du temps qui l'a vu naître et se développer ; c'està-dire qu'il est une orientation particulière d'idées courantes. Cependant, à ne considérer que les habitudes d'esprit et les préjugés moyens, il semble impossible de faire une révolution sociale plus radicale que celle que prépare la religion de Tertullien dans le monde païen. Au milieu d'une société fondée elle-même sur la religion, tolérante, mais reposant sur l'accord tacite de toutes les croyances, et sur leur subordination officielle à une religion d'Etat '°, elle jette ce principe d'intolérance dogmatique qui détruit

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