‹ TertullienChapitre 303 sur 561 · Saturn · texte numérisé non relu

Saturn

3. Cependant, se fondant sur une de ses remarques, Benoît Malon ne manque pas d'accuser Lucien de « dureté oligarchique et propriétaire » : Pi-c'cis de Soc, p. 8.

réplique des riches, qui développent, avec un grand luxe de traits plaisants, deux idées qui ne sont pas usées depuis le temps qu'elles servent : Les pauvres sont vraiment bien exigeants, plus on leur donne, plus ils veulent avoir '; ils sont aussi bien mal élevés et il faut du courage pour supporter leur grossièreté quand oii a la charité de les accueillir '. Toute la question est là, disent les riches; le reste ne signifie rien du tout. Le reste, c'est justement Tessentiel et Lucien n'en doute pas ; mais, s'il voit le problème, il n'en voit pas la solution, et il se contente de présenter deux pauvres réflexions qui veulent être des consolations et de proposer des mesures qui sont tout au plus de médiocres palliatifs.

D'abord, dit-il, les pauvres admirent les riches et ils ont tort ; s'ils ne se sentaient pas regardés, ceux-ci ne feraient pas tant d'embarras, attendu que la vanité qu'ils tirent de leur richesse, par l'étalage qu'ils en font, et la considération du badaud qu'ils y gagnent, leur sont aussi agréables que la possession \ Les riches, en réalité, ne tiennent sur terre qu'une très petite place par eux-mêmes '', et si les pauvres ne les flattaient pas, on les verrait bientôt se presser à leur porte pour avoir les spectateurs dont ils ne peuvent se passer ■'. Au reste, les pauvres ont tort d'envier les riches, car, en réalité, la richesse ne donne pas le bonheur ; elle traîne avec elle tout un cortège de tracas et de soucis : la crainte des voleurs, les pertes de diverse nature, les délateurs, les maladies qui naissent de l'abondance, etc. \ — Au lieu que la pauvreté et le travail qu'elle exige sont pleins de charmes pour qui sait en jouir : c'est la tranquillité de l'esprit et la santé du corps \ La vraie richesse, c'est celle de Tàme, l'autre n'est qu'un leurre, qui ne traîne avec soi que des douleurs '. L'homme qui ne possède rien, et qui n'a point les soucis de l'opulence, est plus près que le riche de la vraie richesse, et Lucien proclame, sans se lasser, la supériorité morale du pauvre sur le riche \ Plus pratiquement même, le pauvre jouit de la tranquillité que donne l'absence de biens ; il n'a rien à craindre de la guerre, des voleurs, ni des délateurs '". En réalité, ceux qui

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