Saturn., 25 : xî xaûxx A'rjpsï
8. D'abord la fiction même des Saturnales et les plaisanteries dont elles sont émaillées; par exemple, les vœux et malédictions des pauvres : 22-24; les menaces de Kronos aux riches : 35...
rare à Rome qu'ailleurs et le gouvernement s'y montrant plus large dans les distributions gratuites. Je veux dire que ces sentiments ne sont peut-être pas très généraux dans l'Empire; ils sont autres évidemment que ceux que nous voyions chez Sénèque il y a un instant. Non seulement la question sociale est posée, mais encore toute sa gravité semble comprise de Lucien. Sans doute, il n'a cru devoir, ou pouvoir, en préciser le sens qu'en le voilant de plaisanteries, mais ceux de ses lecteurs qui l'ont bien voulu ont pu comprendre tout de même, en voyant Kronos conseiller aux riches de songer à la haine des pauvres qui s'accumule et aux embûches qu'elle leur tendra s'ils n'y prennent pas garde '. Les misérables, dit le vieux dieu, menacent les riches d'imprécations affreuses, telles que de prier les dieux de détourner d'eux les saucisses et les gâteaux '; mais cette grotesque menace n'est pas, à mon sens, une raillerie des revendications des pauvres; elle est, dans l'esprit de l'auteur, uniquement destinée, comme les grossièretés de Rabelais, à envelopper « la substantifique moelle ». Je sais que le contraire pourrait être soutenu et que l'impression que j'exprime ici est absolument personnelle, mais elle m'est donnée très précisément par les Saturnales, par Ménippe, par les Dialogues des Morts et par toutes les œuvres où Lucien a occasion de parler des pauvres. Il se peut, d'ailleurs, qu'il cherche dans ce sujet un thème à développements plus riche qu'un autre, mais il me semble tout de même évident qu'il y voit autre chose que des fantaisies et des fictions de rhétorique. Plus même on insistera sur ce fait que Lucien cherche avant tout le succès oratoire, plus on accentuera notre conclusion, à savoir qu'en revenant, avec cette fréquence et cette insistance, sur la question sociale, il n'est que l'écho de préoccupations graves et évidemment assez communes parmi le public dont il recherchait les suffrages. Il va de soi que Lucien n'envisageait pas sérieusement l'éventualité d'un complet remaniement de la richesse, d'une remise en commun de tous les biens et d'un nouveau partage, et c'est donc en présence d'une situation complexe et pratiquement inextricable qu'il se place en réalité. Il plaisante d'abord un peu et, comme pour diminuer la portée théorique de ses remarques premières, il les fait suivre d'autres qui ne sont pas sans justesse, mais sont évidemment d'un autre ordre ; il n'est pas si sot que de l'ignorer '. A la plainte des pauvres, il oppose la