Ménippe
de petits services, leur font une cour et les admirent '. La pauvreté n'est pas bonne conseillère, elle pousse parfois au mal ' et aux entreprises extrêmes, comme elle conduit aux principes intransigeants ^ Il serait bien facile aux riches d'éviter tout cela; il leur suffirait de répandre sur les pauvres un peu de leur richesse, pour se les attacher par la reconnaissance. Comment réclamer contre la richesse quand le riche est généreux '? Et que donner? Des vêtements hors d'usage, de quoi payer des dettes criardes, une goutte d'or! Lucien va même jusqu'à fixer un chiffre : que les riches donnent le dixième de leur revenu \ A ce prix, ils achèteront la jouissance tranquille de leur opulence '^.
Voilà donc le problème posé par un des hommes les plus intelligents du II'' siècle; il est vraisemblable, qu'au moins dans le monde grec, il se posait en effet ainsi : les pauvres sont jaloux et humiliés de l'opulence qu'ils n'ont pas; ils en viennent à la trouver injuste et à dire que l'égalité serait le vrai bien ; mais notons qu'il s'agit de l'égalité d'un nouveau partage et non de celle du communisme. Encore n'iraient-ils pas si loin, si les riches savaient s'y prendre, parce qu'en réalité les principes ne viennent que pour justifier rationnellement les récriminations pratiques, et n'en s.ont pas le point de départ. En définitive, Lucien, au mal social qu'il voit et qu'il affirme, ne trouve que deux remèdes : la résignation, la patience des pauvres dans l'attente de la mort inévitable et égalitaire; l'aumône des riches, toute de prudence et sans véritable charité. Il est possible de saisir, dans les œuvres philosophiques ou littéraires du n<= siècle, divers traits qui complètent ou précisent les renseignements que nous fournit Lucien. Il semble, par exemple, qu'au cours de la période antonine, il se soit développé, chez certains esprits d'élite de la haute société romaine, une sorte de socialisme sentimental, très pitoyable aux misères humaines et qui cherche à les adoucir. Il y a là une charité qui contraste heureusement avec la dureté de cœur que conservent, presque traditionnellement, certaines familles romaines. Pline le Jeune nous est un excellent exemple de ces Romains adoucis et foncièrement bons ; c'est lui qui nous donne cet admirable précepte de charité qui ne serait pas déplacé dans l'Évangile : « Ceux que vous savez dans la misère.