Consilium tam grande tamque praeclarum
miséricordieux ' », Les faibles ont leurs mérites ', que les zélés ne doivent pas déprécier, d'autant qu'eux-mêmes ne sont pas tous inattaquables et qu'on en sait qui parlent haut, avec autant d'impudence que d'imprudence et qui, cependant, ne vivent que de la charité des chrétiens riches : s'ils étaient logiques, ils ne devraient rien accepter que de ceux qui vendent leurs biens. Un peu d'indulgence siérait à de tels hommes \ d'autant que ceux qui travaillent et valent mieux qu'eux {qui maiore virtiite), leur en donnent l'exemple : pourtant seraient-ils moins blâmables de condamner les riches, dont ils ne reçoivent rien, que ne le sont ceux-là qui se nourrissent de leurs aumônes. Augustin n'a Jamais possédé grand chose ''; toutefois, il a suivi à la lettre le précepte du Seigneur et plusieurs ont fait de même, sur son conseil ; mais c'est s'éloigner de la saine doctrine (sana dectrina) que de condamner, avec une vaine arrogance, ceux qui n'imitent pas cet exemple. Au reste, les avares et les cupides troublent moins l'Église que certains individus qui s'en vont pérorant et sermonant à droite et à gauche et se croient personnages éminents, parce qu'ils ont obéi au Seigneur jusqu'au bout et qu'ils ont vendu un bien, qui n'était parfois qu'un méchant patrimoine.
L'accord n'est donc point complet entre les fidèles du v^ siècle sur cette question de la richesse et il faut avouer que les arguments de Saint Augustin ne sont pas partout irrésistibles. Ainsi, ils traitent bien légèrement la difficulté qui sort de l'opposition des deux textes de Saint Paul et de Saint Mathieu ; mais ils sont intéressants en ce qu'ils posent clairement la thèse de l'Église; thèse éminemment politique et pratique, car elle permettra d'adapter au christianisme toute la vie de la société romaine. Le concile de Gangres '', vers 32 5, avait déjà donné une formule raccourcie, mais nette de cette doctrine officielle dont Saint Augustin, nous expose en quelque sorte, la théorie ^ : le renoncement aux biens de ce monde n'est point pour les simples fidèles. Ceux qui possèdent une âme d'élite ont à leur disposition le couvent et la cléricature '; les autres n'ont qu'à faire l'aumône et c'est ainsi que le redoutable ferment socialiste de l'Évangile fond dans la douce quiétude des