August., De liaeres.,XL
bonnes œuvres ou du renoncement '. Si rÉvangile, même entendu selon la tradition, « demeure le livre du pauvre et de l'opprimé » ', c'est par les consolations qu'il lui donne, par la sympathie qu'il lui montre et par l'espérance supra-terrestre qu'il leur met au cœur. L'Église est riche et va l'être de plus en plus ^; elle a intérêt à pro-
I. Tous les écrivains chrétiens font de l'aumône une obligation morale et la présentent comme une œuvre excellente, indispensable au salut du riche, utile au salut de tous, mais libre de contrainte, absolument volontaire. Il n'y a point d'autre limite fixée aux dons que celle que chacun croit devoir y mettre {II Cor., 6 et 7); mais il n'y a point, non plus, de minimum imposé, calculé, par exemple, d'après le revenu, ce qui serait comme une socialisation de l'aumône. Saint Cyprien, Testim. III, 2, le dit en termes très nets, après Saint Paul : la volonté d'être charitable est nécessaire, mais suflisante ; on donne ce qu'on veut; il faut entendre, bien entendu, ce qu'on peut, car, ailleurs, le même Saint Cyprien recommande de ne pas craindre de s'appauvrir par l'aumône, qui n'est qu'un prêt fait à Dieu. (De opère et eleem., 9, fondé sur // Cor., 9, 10 et s. et Math., VI, 3i). Dans la pensée de l'Église, c'est tout le superflu qui doit être consacré aux bonnes œuvres (Lact., Inst. div., VI, 12, 33); mais le mot superflu étant très élastique, chacun l'interprétait à sa convenance. Saint Augustin, dans une lettre d'ailleurs très curieuse {Ep., IV, 272, 5 et s.), avance qu'il ne faut point mettre les siens dans la gène, sous prétexte de soulager les pauvres : on en peut conclure que tous les chrétiens nepensaient pas ainsi et poussaient la charité au-delà des limites du superflu. L'Église essaiera bientôt de réglementer l'aumône {Const. apost., VII, 29). Au reste, les recommandations évangéliques (/ Cor., XIII, i3; Jean XIII, 35; / Joan. IV, 7.), quand elles ont été interprétées dans un esprit vraiment chrétien, ont produit des dévouements admirables (Clém. Rom., I Cor., 55; Pontius, Vita et pass. S. Cypr., 9 et 10, sur le rôle du saint durant la peste de Carthage) et des exemples tels que les païens eux-mêmes en ont été impressionnés (Eus., H. E., IX, 8, i4et s.).