Actes des Ap., VI, i et s
Jugement '. La Didaché s'élève plus cnergiquement encore contre l'oisiveté. Elle recommande aux chrétiens d'hospitaliser les fidèles en voyage, mais pas plus de deux ou trois jours ^; s'ils veulent rester davantage et qu'ils aient un métier, qu'ils s'en servent pour vivre"; sinon qu'on les utilise aussi bien que possible, de manière à ce qu'ils ne demeurent pas inoccupés ^ Il n'y aurait à se refuser au travail qu'un homme qui voudrait trafiquer du christianisme, or, il faut se garder de telles gens ■'. Saint Justin fait mieux ; il fonde la dignité et la nécessité du travail sur l'exemple de Jésus luimême, qui n'a pas rougi de passer pour le fils de Joseph et d'être un simple ouvrier comme lui ; il a travaillé de ses mains à fabriquer des charrues et des jougs, donnant ainsi le modèle d'une vie juste et laborieuse ^ De ces divers textes, je crois pouvoir conclure que la doctrine de Saint Paul était devenue nécessairement et tout de suite, celle de l'Église, mais que l'existence des préceptes évangéliques précités, suscitait et semblait justifier des exceptions personnelles, contre lesquelles protestent Saint Clément Romain, l'auteur de la Didaché et Saint Justin.
II. — C'est donc en présence de textes contradictoires et d'interprétations divergentes que s'est trouvé placé Tertullien, à une époque où ceux qui, normalement, méprisaient le travail des mains, c'est-à-dire les hommes aisés, avaient déjà pénétré dans l'Eglise. Lui-même n'est point sans éprouver quelque embarras en face de cette question du travail. En l'envisageant, non pas au point de vue social, mais simplement à celui de la foi chrétienne, il nous présente à son propos dans le même ouvrage, deux opinions contradictoires. D'une part, il nous dit que l'homme doit se fier à Dieu pour sa nourriture, comme les corbeaux qui ne sèment ni ne récoltent \ et, d'autre part, il affirme que chacun doit vivre de son travail ** et que celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger \ Dans un autre traité, il déclare que chacun doit demeurer en l'état où la foi l'a trouvé, et continuer, sous certaines réserves que nous retrouverons, à vivre par les moyens qu'il employait quand il était païen '".