Dion Cass., 77, 17; 77, 20; Hérodien
9. Dion Cass., 76, i5 : tqjî j-coaTUÔTaî -\o'j~'.^i-zt, twv àXXuv zâvTOJV xataspûo-
LE PRINCIPE DU POUVOIR IMPÉRIAL ET l'eMPEREUR 2 5
L'Empire était donc revenu, par dessus toutes les fictions légales, à son principe véritable; il était une simple monarchie militaire '. Les légions seules pouvaient faire, maintenir et défaire un Empereur et, depuis que ce secret redoutable avait été découvert, il n'avait plus été perdu. Au reste, les légions étaient considérées comme l'armée impériale, bien plus que comme Tarmée nationale. A la fin de l'Empire, les princes purent subordonner dans les provinces le pouvoir militaire au pouvoir civil; mais cette subordination demeura en quelque sorte personnelle; j'entends que la monarchie impériale, détenant alors la plénitude des deux pouvoirs, en régla les rapports à son gré. Aux premiers siècles de l'Empire, l'idée d'une subordination de l'armée à l'État civil, conçu en dehors de l'Empereur, n'est pas admise. Je n'en veux pour preuve qu'une anecdote rapportée par Dion Cassius; un certain Junius Gallio, sénateur, crut un jour faire du zèle en prenant l'initiative d'une proposition tendant à faire accorder des honneurs particuliers aux prétoriens vétérans : l'Empereur, c'était alors Tibère, en fut si mécontent, qu'il exila Gallio, pour avoir semblé vouloir persuader aux prétoriens d'être plus dévoués à l'Etat — représenté par le Sénat — qu'à l'Empereur lui-même. Tibère avait entrevu dans la motion de ce maladroit une entreprise du sénat contre ses droits \ Ainsi l'armée donnait la force à son chef et elle était indépendante de l'État; ses empiétements et ses violences ne pouvaient toutefois pas sufïire à justifier l'Empire. C'est pourquoi les Romains s'étaient préoccupés de trouver en quelque sorte un fondement civil au principat, afin de dissimuler tant bien que mal ce qu'il avait de foncièrement tyrannique. Aussi, dès le début de l'Empire, le prince et les Romains avaient incliné vers l'établissement d'une
vsTte. Le même Dion rapporte d'ailleurs, de Caracalla, un mot très analogue. Un jour que sa mère l'engage à mettre un frein à ses folles dépenses, il frappe sur son épée et répond : « N'aie pas peur, tant que nous aurons ceci, rien ne nous manquera » (Dion., 77, 10). Voyez de même, Suet., Galba, 20 : Ad primum tumultum : Quid agitis, commilitones? Ego vester sum et vos mei.
1. Les faits parlent assez haut sans qu'il soit nécessaire d'entasser les références : le titre d'imperator porté par le prince, suffirait, au reste, à accentuer le vrai caractère du principat. Tibère lui-même le précise volontiers, car Dion Cass., nous dit [5j, 8] qu'il aime à répéter : AîTrÔTTi? ijièv xûv So'jXojv, aÔToxpâ- Twp 5î Tôiv uTpaxiwxûv, TtLv 5è Xoittuv TToô-zipiTÔ; £'.;jLi. Or, ce titre précis d'aôxovipâ- Twp, le prince le porte couramment et, pour ainsi dire, au civil, fût-il cependant très épris de légalité comme les Antonins : Justin, \l ApoL, 2 : où r.pi-o-nx
E'jffcêsr oL'j-zo-/.pixooi ; Athenagore, Legatio, i : A-jxo/ipâTopi Mâpy.u K-joOJm,
v.i'K. J'ai choisi exprès ces deux exemples chrétiens, entre beaucoup d'autres, parce qu'ils sont particulièrement probants, les chrétiens n'ayant aucune propension à voir dans l'Empereur surtout un chef militaire.
2. Dion Cass., 58, 18 : ôx'. aaà? àvaiîîiOsiv so6-/.z: xw xo'.-aÔ ;j.âÀ>>ov r, éauxiô c'jvoîTv. Thomas, Rome et l'Emp., pp. 263 et 264.
vraie monarchie. Malheureusement, il fallait, pour y parvenir, détruire des préjugés depuis longtemps enracinés à Rome, rompre avec les vieilles formes, rejeter la fiction légale du Césarisme; on n'osa ou on ne put. Il en résulta que, jusqu'à Dioclétien, on maintint côte à côte, et par une sorte de compromis hybride, deux conceptions du pouvoir impérial radicalement différentes : l'Empereur fut à la fois un monarque et un César '. Jamais cependant, on n'admit en droit que la couronne impériale fût héréditaire : elle le fut en fait, car il fut toujours loisible au prince, sinon de désigner officiellement son successeur, au moins d'exprimer à son sujet un vœu qui équivalait à un ordre \ Puisqu'on ne pouvait fonder cette monarchie sur la dignité du sang, il fallait trouver autre chose ; César l'avait déjà compris ^ et les Romains, par une sorte de complicité, quelquefois tacite, plus souvent volontaire, entre eux et leurs princes, évoluèrent très vite, et du premier jour de l'Empire, vers la monarchie sacrée ^ Elle s'exprima par la divinisation de l'Empereur mort et par l'attribution à l'Empereur vivant, quelquefois du titre de Deiis, toujours de celui de Dominus, qui marquait particulièrement le rapport de l'esclave au maître.
Les Romains, d'ailleurs, n'eurent point à improviser cette conception de l'Empire ; ils y avaient de fortes prédispositions \ D'abord ils ne concevaient pas, d'ordinaire, que la divinité pût être d'essence absolument différente de la nature humaine ; un dieu était plus qu'un homme, voilà tout ; puis leurs croyances ataviques les portaient à diviniser leurs morts **, à en faire les Bons, les Purs [Dii Mânes). Les anciens rois de la race, dieux en tant que morts, l'étaient plus encore en tant que morts nationaux [Dii Indigetes) : ils étaient les protecteurs autorisés de leurs descendants. Il suffisait donc d'un petit effort pour faire Dieu le protecteur vivant. Cependant quelques essais de ce genre, tentés sous la République, n'avaient pas été très heureux; ce fut le contact de l'Orient, où la souveraineté ne s'était jamais bien distinguée de la divinité, qui fit disparaître les dernières répugnances romaines '. César, de son
i. UommsQn, Droit public, V, p. 12.