‹ TertullienChapitre 341 sur 561 · Orig., C. Celse, VIII · texte numérisé non relu

Orig., C. Celse, VIII

ment individuel, en raison de sa constante préoccupation du salut, affaire purement personnelle. D'autre part, le monde romain allait se divisant de plus en plus en deux classes; celle des riches et celle des pauvres, dont la partie normalement la plus méprisée, la classe servile, n'était pas toujours la plus misérable '. Quelles que fussent les doctrines largement humaines et les exceptions généreuses créés par quelques isolés d'élite, le fossé se creusait sans cesse entre les honesiiores et les humiliores. Marc-AurèJe avait hautement proclamé que le bien suprême selon la nature était celui de la société \ que, d'ailleurs, l'intérêt des individus et celui de la communauté concordaient et que tout homme jouait ici-bas un rôle utile à cette fin suprême \ C'était devant une société dont les membres n'avaient pas même droit à l'égalité devant la mort * que se trouvait placé Tertullien.

II. — Il convient de faire deux remarques préalables. D'abord, la tradition chrétienne lui imposait, en quelque sorte, une opinion sur les distinctions sociales. A priori, le christianisme avait la haine de la révolution, le désir de la paix, et de la concession réciproque : « Que le fort n'outrage pas le faible et que le faible respecte le fort ; que le riche fasse du bien au pauvre, et que le pauvre rende grâce à Dieu de lui avoir donné le riche pour l'aider dans sa misère •'. » S'il en est ainsi, il n'y a aucun inconvénient à ce que les hommes gardent leur condition présente, puisque chacun saura se trouver bien dans celle qu'il a et n'enviera pas celle d'autrui. L'Evangile, il est vrai, en s'offrant également à tous les hommes, les faisait égaux devant lui ; or, si cette égalité était la seule qui intéressât les chrétiens, elle semblait pourtant, en bonne logique, supposer la primitive égalité de naissance *^. Les chrétiens ne faisaient point difficulté d'admettre cette conséquence ; ils la confirmaient en proclamant nécessaires la charité et l'affection de tous les hommes les uns pour les autres \

Très nettes déjà chez Saint Paul ^ ces idées s'étaient encore pré-

I. Duruy, Sur La formation liistor. des deux classes de citoyens, désignés dans les Pandectes sous les noms d'honestiores et d'humiliores. En appendice du t. V de VHist. des Rom.

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