Marquardt et Mommsen, Vie privée, I, p
SyO CHAPITRE XII
ciens le professent ', Cicéron l'avoue % Sénèque ^ et Dionysius Caton '' le proclament; Lucien le fait dire à Kronos, car il n'y avait point d'esclaves sous l'âge d'or, et il n'y en a plus pendant les neuf jours que le monde passe chaque année sous le sceptre du vieux dieu ^ Ailleurs, le même Lucien met dans la bouche de son Cynique un blâme très net contre ceux qui transforment les hommes en bêtes de somme ^. Il semblerait donc qu'il n'y eût qu'un pas à faire pour affirmer la nécessité de mettre fin à un vice social si contraire à la nature et à l'humanité. Cependant, ni les philosophes ni les moralistes ne franchirent ce pas ; ils restèrent toujours, par rapport à la pratique, à la distance qui sépare une sentence philosophique d'une conclusion juridique \ Cicéron, un excellent homme pourtant, s'excusait d'avoir été trop ému de la mort d'un de ses serviteurs "*; Pline comparait encore les esclaves à des frelons, êtres inférieurs, abeilles manquées ", et Tacite exprimait sans figure une idée semblable '" ; le Demonax de Lucien ne trouvait le moyen d'empêcher un homme de battre son esclave, qu'en lui faisant observer qu'il l'élevait ainsi à son niveau et le considérait comme son égal ". Il est vraisemblable que plusieurs de ces penseurs avaient cependant l'esprit assez hardi pour tirer toutes les conclusions logiques du principe posé ; mais, les uns jugèrent sans doute impraticable une transformation qui entraînait un grave bouleversement social'^; la plupart ne conclurent pas, parce qu'ils ne jugèrent pas nécessaire de conclure. Tel fut, par exemple, le point de vue des stoïciens, qui se débarrassèrent du problème de l'esclavage en le niant; en déclarant qu'il n'existait réellement pas d'esclavage pour l'homme dont l'âme est libre, de même qu'il n'est point de liberté pour l'homme asservi à ses passions '\ Il s'ensuit que les moralistes, ou les hommes portés à considérer les choses au point