‹ TertullienChapitre 352 sur 561 · Eus., H. E., II · texte numérisé non relu

Eus., H. E., II

hommes et les textes sont nombreux, dans le Nouveau Testament, qui établissent que l'Évangile avait été apporté aux esclaves comme aux autres et que Dieu appelait à lui tous ses enfants, sans aucune différence ^ Plus même, la sympathie de l'Église naissante, allant aux faibles et aux humbles, doit s'arrêter sur l'esclave avec une insistance particulière \ Saint Paul proclame que c'est sous la forme d'un esclave que le Sauveur a paru sur terre '. Il eût donc semblé naturel que le christianisme se préoccupât de faire cesser cette affreuse inégalité. Il eût pu la condamner comme il condamnait l'idolâtrie ou la fornication, et en imposer l'abandon à ses fidèles. Tout au contraire, il ne l'attaque pas même dans son principe ; il fait moins, il l'autorise, il en reconnaît la légitimité; il le pratique lui-même, car il y a des esclaves chez les chrétiens '*. Il se borne à recommander au maître de ne pas oublier que son esclave est son frère en Christ et de le traiter avec douceur et charité, comme il recommande à l'esclave de servir avec fidélité, même le mauvais maître '■". Il lui suffit que l'esclave sache garder intacte sa conscience de chrétien '"'. En d'autres termes, au-dessus de toutes les habitudes et au-dessus des principes sociaux, qu'il ne modifie pas, le christianisme, là comme ailleurs, se contente de placer le précepte essentiel : « Aimez-vous les uns les autres », Qu'importe, à son point de vue, la vie d'ici-bas ; qu'importe la liberté humaine; rien n'est intéressant que le salut et l'esclave y peut atteindre aussi bien que son maître \ Alors, à quoi bon changer? Restez donc où la foi vous a mis, telle est la conclusion de l'Apôtre ", Au reste, et c'est toujours à cette idée fondamentale qu'il nous faut revenir, les premiers chrétiens s'attendaient à voir bientôt finir le monde, et ils devaient être surtout frappés de l'inutilité d'une réforme sociale que le jour dernier interromprait avant même qu'elle ne fût ache-

1. Les textes sont réunis ap. Wallon, III, p. i et s. ; voy. par exemple : Math., XXIII, 9; Galat., III, 28; Coloss., III, 11 ; I Cor., XU,i3;Eplies.,Vl, 8.

2. Rom., XII, 4-6 : sur l'unité des membres du Christ. / Cor., XII, 14-22.

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