Cor., VU, 20 et s
LES DISTINCTIONS SOCIALES ET l'eSCLAVAGE SyS
vée. Il est bien possible que, sans cette conviction première, qui fut humainement très stérilisante, les principes de fraternité et d'humanité attendrie, fondements originaux du christianisme, se fussent transformés en une doctrine très hostile à l'esclavage. Mais, quand les chrétiens commencèrent à comprendre que la fin du monde ne viendrait pas encore, la doctrine de la résignation quand même et de l'acceptation pure et simple de la pratique séculière, était fixée irrévocablement. Les Pères pourront quelquefois le regretter ; leurs objurgations pourront apporter quelque adoucissement au sort des esclaves, et, plus tard, avoir quelque action sur le droit ' ; mais la question théorique est tranchée ; l'esclavage n'intéresse pas dogmatiquement l'Église, qui s'en tient à la lettre de la doctrine apostolique.
Il est impossible de ne pas voir le parallélisme entre la solution philosophique moyenne et la solution chrétienne de cette question de l'esclavage ; toutes deux concourent à expliquer les sentiments de Tertullien. Dans ses œuvres, les textes relatifs à l'esclavage sont très rares et ils sont tous indirects, ce qui prouve déjà que la question ne se pose réellement pas pour lui. L'examen de ces textes confirme qu'en effet il accepte l'esclavage.
D'abord, il admet la légitimité de la possession de l'esclave par le maître, ce qui, en l'espèce, est l'essentiel. Deux textes semblent rétablir : « Savez-vous rien de plus injuste, dit-il dans l'un, de plus inique, de plus déshonnête, que de faire du bien à un esclave pour l'arracher à son maître \ » Dans l'autre, il établit que celui-là seul a le droit de donner la liberté à un esclave, qui était son maître et il affirme que l'empereur Galba lui-même n'a pas voulu violer ce principe \
En second lieu, il semble bien qu'il ne soit pas exempt des préjugés courants sur l'esclave; qu'il partage, par exemple, à l'encontre de l'opinion de quelques chrétiens, ses contemporains ', le mépris que les païens ont pour la femme libre qui épouse un homme de condition servile ■'. Ailleurs, il compte les esclaves des chrétiens au nombre de leurs ennemis et ils sont tels, dit-il, par leur nature ''; il la croit donc inférieure à celle des autres hommes. Il pouvait