Mommsen, Droit public, V, p. 16 et n
1 1. Suct., Dom., i3 : Dominus et Deus noster... jubct.
En voilà asseï ! ' Or Domitien veillait de près à la concurrence ; il alla jusqu'à prendre de Tombrage des faits et gestes d'Apollonius de Thyane, qui, accusé de s'être fait appeler Dieu et adorer comme tel, répondit, pour se défendre, qu'on avait coutume de donner ce nom de Dieu aux hommes vertueux \ Il n'était pourtant pas nécessaire que l'Empereur fût vertueux pour le porter : un Caligula ^ ou un Domitien l'acceptaient même plus volontiers qu'un Trajan ou un Marc Aurèle \ Dans la pratique, et cela depuis Auguste, l'adulation affirma toujours la divinité de l'Empereur. Qu'on ait ri du dieu Claude mort, ce n'est pas douteux ^ ; mais du dieu Néron vivant, c'est autre chose, et Sévère, un homme tout à fait sérieux, se faisait appeler sans broncher Divi Marci filius ^
La vérité est que le divus^ c'est-à-dire l'Empereur devenu Dieu, selon la formule de Vespasien ', était bien moins à craindre que le Dieu vivant '. Encore ne fallait-il pas trop s'y fier, car, parfois, le vivant était pour l'honneur du mort d'une susceptibilité très chatouilleuse. Sous Tibère, quiconque change de vêtements, ou bat un esclave devant la statue d'Auguste, s'expose à la peine capitale". Il en est de même de celui qui s'oublie jusqu'à entrer dans quelque mauvais lieu, ou simplement aux latrines, en portant dans sa poche une pièce de monnaie à l'effigie du Dieu fondateur de l'Empire '°. Quant à l'Empereur vivant, il est le plus redoutable et le plus redouté de tous les Dieux, car il est présent. Jurer par son génie est le plus grave des serments " ; ne point songer à le faire peut coûter la tête : Caligula marque au fer rouge, condamne aux mines