Hist. de Joseph le charpentier
LA MORALE 4o5
d'autres, le péché peut parfois abréger la vie d"ici-bas ', en attendant qu'il détermine le sens de la vie éternelle. Il n'est, bien entendu, question en tout ceci que de la responsabilité devant Dieu, car les chrétiens n'ont aucun penchant à admettre la responsabilité devant les hommes; ils l'accepteront plus tard comme une nécessité sociale inévitable; mais, par une étrange contradiction avec les principes de leur doctrine morale, ils plaideront volontiers, devant la justice humaine, l'inconscience du mal et la folie du méchant ^
Voilà donc un point acquis : le mal, c'est le péché et l'homme est responsable de son péché à titre personnel. La doctrine de la responsabilité personnelle de la faute, qui s'accorde si peu, au premier abord, avec le dogme du péché originel, est cependant au fond du christianisme \ Si le chrétien est responsable, c'est qu'il peut éviter la faute; il ne peut arguer d'ignorance \ car il lui suffit de suivre la loi divine inscrite dans l'Écriture, révélée par Dieu, imprimée dans l'àme \ S'il la suivait, il arriverait à la perfection morale *^, comme les Apôtres ' : c'est cette perfection qui est l'idéal suprême du chrétien; c'est vers elle qu'il doit tendre toujours son effort ^ Mais si le but est trop loin '^, le chrétien sait s'arrêter à diverses étapes qui l'en rapprochent plus ou moins ; il se contente par exemple, selon les dons de Dieu, d'atteindre à peu près la perfection dans la pratique d'une seule grande vertu : piété, patience, chasteté ou tempérance "'. Sans doute arriverait-il à un plus haut degré si ses passions ne donnaient prise au démon " et s'il prati-
1. Hist.. de Jos. le cliarp., 3i ; Ambros., In Psalm. XXXVIII, Enarr. 21-22.
2. Tertullien n'exprime pas — que je sache — explicitement cette idée qui contredirait trop son âpre désir de sanctions, mais elle est tout de même en lui, car c'est évidemment une folie que de n'être pas chrétien et un criminel ne l'est pas : Orig., C. Celse, III, 74 : xa-uà yàp ib ày-oiSs;, -5; -^aûXo; 3:vôt,tô; èttiv.
3. Orig., C. Celse, VIII, 40, déclare que tous les textes qui semblent dire le contraire ne doivent pas être pris au sens littéral.