Clém. Alex., Disc, aux gent., X
tianisme : sous son influence bienfaisante les vices humains dispa-
^ raissent pour faire place aux vertus divines '.
Sans nul doute, Tertullien exagère le mal païen et grossit la vertu chrétienne, mais il ressort des textes cette impression certaine que la société chrétienne a une très haute supériorité morale surFautre et que notre auteur peut triompher tout à son aise en rejetant aux païens les mauvais bruits qu'ils font courir contre l'Église \ Les sanglants reproches que ses haines de polémiste lui font adresser à certaines catégories de chrétiens \ sont peut-être justifiés, mais ils
' ne nous révèlent que des tares isolées dans la véritable Église, Et c'est là un fait qui se comprend très bien. Évidemment, la grandeur morale d'un Marc-Aurèle imposait l'admiration au commun des hommes, mais, du même coup, elle décourageait l'imitation, car rien au monde n'est plus personnel que la conduite d'une telle vie, rien ne contrarie plus délibérément les mauvais instincts, ou seulement les vulgaires penchants de la nature humaine, que sa sérénité sans espoir; il fallait une âme d'élite et d'exception pour concevoir et suivre une pareille morale ; car elle ne comporte guère de tempéraments : elle veut tout ou rien et une heure de défaillance peut ruiner son laborieux échafaudage d'énergie surhumaine et d'abnégation réfléchie. Qu'on mette en face de Marc-Aurèle le vrai chrétien, non pas tel que nous le montrent les exagérés, rêvant d'intransigeance morale, mais tel que nous le font voir les Evangiles "" ex. divers écrits du Nouveau Testament^; tel qu'il nous apparaît dans la Didaché^^ tel que le présentent les Apologistes '' et tel que le laissent entrevoir quelques inscriptions ^ C'est un
1. Je mécontente de rappeler quelques textes caractéristiques. ApoL, 21 : ... si ea est qua cognita ad bonum quis reformetur, sequitur, ut falsa renuntietur quaevis alla contraria comperta. — Avant Tertullien, Justin, I ApoL, 14 et i5, affirme avec énergie la transformation qu'il a subie lui-même grâce à la morale chrétienne et insiste surtout sur Texcellence de cette morale appliquée à l'incontinence; de même dans // ApoL, 29; il en vient même, à propos d'un chrétien d'Alexandrie qui veut prouver par des faits qu'il est capable de tous les renoncements de la chair, à une comparaison quelque peu scabreuse entre cet homme et Antinous ; Orig., C. Celse, IV, 65, 66 ; 69 ; IV, 27 ; Lact., Inst. div., V, 9, énumère les vices païens et ajoute : nostro autem populo quid horum potest obiici, cuius omnis religio est sine scelere ac sine macula vivere ? — hist. div., III, 26, 3 et s., il s'engage à rendre un homme emporté doux comme un mouton; un avare, libéral; un lâche, brave, etc. — Voy. également August., De Civ Dei, Introd.